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Manifestation pour la Palestine, 6 février 2010 : photos et vidéo
publié le dimanche 7 février 2010. ![]() manif gaza paris 06 fevriermanif gaza paris 06 fevrier DEUXintervention du comité populaire d’ al massara a la manif du 6 février
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Israël/Amérique:un poème désordonné
Nous sommes le marteau qui tombera comme un verdict Nous n’attendons pas qu’Israël ou l’Amérique ou la Cour suprême donne son approbation Nous allons boycotter Lev Leivev, Caterpillar et vos sociétés d’apartheid Nous reprenons le droit au retour et les clés d’un pays
Car qui se soucie de préserver une vie quand les gouvernements tuent les civils (Illustration d’un poème de Jehan Bseiso) Chaque fois que je pense au 11 Septembre Je vois la chair incandescente qui se détache des os des enfants iraquiens à Fallujah Maintenant Gaza Je tends à immortaliser les oubliés Les dommages collatéraux éclipsant nos crimes impunis Peut-être est-ce parce que je suis un joueur Parce que si je touchais un dollar à chaque fois qu’un Iraquien meurt depuis 2003 Je serais millionnaire Et ne vous méprenez pas Parfois, je ne sais qui je hais le plus Les gouvernements en Occident Ou les politiciens en Orient Qui vendent leur âme plus vite que le pétrole qu’ils exportent Des hommes de paille qui se servent de la Palestine comme d’un outil pour se remplir les poches Et qui ne donnent pas un sous à leur peuple Des gouvernements de collaboration Qui restent bouche cousue sous la surveillance de Washington et de l’AIPAC Comment pouvez-vous être leur type même de l’antisémite Alors que vous signez des accords de paix pour opprimer votre propre peuple ? Et quand les Orientalistes et les idiots disent pourquoi Nous ne pouvons avoir de démocratie au Moyen-Orient A cause de ce qui s’est passé à Gaza Un Hamas, dragon terrifiant, drapé dans des élections démocratiques Rahm Emanuel veut nous instruire, moi et mon peuple, sur une démocratie qui ne marche pas Pourquoi ne pas essayer d’en réaliser une d’abord en Israël ?! Au lieu de se mettre à genoux devant des terroristes comme son père et les Forces de défense israéliennes En faisant l’éloge d’une société européenne, de troisième ordre, raciste, qui implose plus vite Que sa position morale dans le monde Instruits comme les Afrikaners de 1950 et les marchands d’esclaves Ce n’est pas simplement parce que la maison est belle Que les os sur lesquels vous l’avez construite sont complètement rongés La gauche israélienne est aussi vivante que l’est Ariel Sharon J’en vomis et je suis las de les voir demander la permission de résister Ces gauchistes et progressistes archaïques Qui se soucient davantage de rester casher plutôt que de faire avancer les choses Je pose mon stylo et brandissant le poing pour résister avec les jeunes des facultés et les Palestiniens Boycott et désinvestissement ! Car qui se soucie de préserver une vie quand les gouvernements tuent les civils La complicité du silence et les unités de réserve ont bombardé Gaza Vos universitaires et intellectuels, vos groupes et hommes de théâtres font partie du problème Et si la logique ne sied pas à votre plan à long terme de rejeter Mon droit au retour, je suis désolé Peut-être un jour reviendrez-vous à la réalité Où mon peuple fait des bébés plus vite Que les sionistes ne concoctent des options jordaniennes Je ne veux pas de votre sympathie ni de vos confessions introspectives Que je ne vais pas garder entre mes mains jusqu’à ce qu’elles expirent Comme les gens de Balata et de Rafah Voter pour Barack Obama Et prétendre que son silence de 22 jours était d’or Pendant que des enfants émaciés mourraient de faim Entourés des cadavres de leurs parents Ce ne peut être l’Amérique la Merveilleuse Un criminel avec quelques attributs positifs Ne peut alléger un génocide Bombarder l’Afghanistan, le Pakistan, et l’Iraq Dans l’oubli ne vous rend pas historiques Cela fait de vous des aveugles et des sanguinaires Comme les hommes blancs qui sont venus avant vous Une jeunesse apathique excitée aujourd’hui par un président Qui s’en prend à l’histoire, mais pas à la pauvreté, à l’occupation, ni aux intérêts corporatistes Je préfèrerais marcher fièrement à travers le cimetière des accords de paix Et des séances de discussions échouées Que de voir mon peuple comme des citoyens occupés ou de troisième classe Nous sommes le marteau qui tombera comme un verdict Nous n’attendons pas qu’Israël ou l’Amérique ou la Cour suprême l’approuve Nous allons boycotter Lev Leivev, Caterpillar et vos sociétés d’apartheid Nous reprenons le droit au retour et les clés d’un pays Parce que nous ne vous avons jamais demandé de rentrer en Europe ni de rester dans des prisons à ciel ouvert Je ne vous demande pas votre avis, je vous explique la décision Vous pouvez rester ici, avec nous, mais seulement comme des égaux Ce n’est pas que vous êtes des Israéliens, c’est que vous avez tort C’est pourquoi je me bats pour mon peuple ! Remi Kanazi/The Palestine Chronicle / Poésie |
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Que font les pays arabes ?
Est-ce qu"Israël a définitivement gagné le combat et a soumis la force américaine à son profit de façon à pouvoir continuer son projet dans la région ?...Quel est le rôle des Arabes dans l’impasse dans laquelle se trouve Obama ?...Est-ce que les Arabes veulent vraiment soutenir la cause palestinienne ?" Etait-il surprenant de savoir que l’enthousiasme d’Obama pour un règlement juste en Palestine n’était autre qu’une expression de bonnes intentions dans le meilleur des cas, ou bien encore un plus de tromperie envers les Arabes qui veulent être dupés ? Or, il semble que les Arabes ne ressentent pas qu’ils ont été trompés, bien au contraire. En effet, de jeunes responsables arabes ont fait des déclarations à travers lesquelles ils ont exprimé leur compassion envers Obama qui, selon eux, est victime d’un environnement compliqué. Or, chez ces jeunes responsables, l’aide qu’on peut attribuer à Obama signifie la reconnaissance par les Arabes d’Israël. C’est-à-dire tomber entre les mains de Netanyahu et donner plus de force à Obama dans sa position pro-israélienne. La position de ces jeunes responsables peut avoir une de deux significations : ou bien ils exagèrent dans leurs bonnes intentions loin de toutes considérations politiques, ou bien ils se trompent eux-mêmes et trompent les Arabes en négligeant la nature d’Israël et son projet dans la région. De mon côté, j’ai toujours pensé qu’Obama, qui était loin des cercles politiques étrangers et qui a vécu dans un contexte de principes juridiques et de postes non-politiques au Congrès, voulait réaliser un miracle : la paix avec la Palestine sans fâcher Israël. Ce miracle est, en soi, absurde puisque c’est toujours Israël qui crée les chances lui permettant de pratiquer encore plus d’hégémonie sur la région et d’étendre son projet sioniste. Effectivement, chaque responsable sioniste qui détient le pouvoir se lance dans une course acharnée contre la montre pour inscrire son nom au tableau d’honneur sioniste. Plus il réussit à confisquer des territoires, à soumettre le monde arabe, à l’éloigner de ses revendications, c’est-à-dire réclamer des droits palestiniens, et plus il fait couler du sang arabe et musulman, plus son nom brille dans ce registre. Obama a essayé l’affrontement avec Israël et a baissé les armes de façon humiliante dès le premier affrontement. Il est le premier président qui reconnaît avoir échoué à réaliser son rêve, ce qui constitue une excuse satisfaisante pour les Arabes et les musulmans, puisque les vagues ont été plus fortes que lui. Est-ce que ceci signifie qu’Israël a définitivement gagné le combat et a soumis la force américaine à son profit de façon à pouvoir continuer son projet dans la région ? Et si Obama s’est trouvé incapable d’obliger Israël à accepter une paix qui convient à l’intérêt américain comme il le dit, pourquoi n’arrête-t-il pas de soutenir l’oppression israélienne contre les Arabes ? Pourquoi n’arrête-t-il pas les plans israéliens visant à enflammer la région ? Quel est le rôle des Arabes dans l’impasse dans laquelle se trouve Obama ? Est-ce qu’ils ont pensé qu’Obama allait faire la guerre par intérim sans qu’ils ne bougent de leur place ? Cependant, en quoi consistait l’aide que réclamait Obama ? Il réclamait encore plus de concessions : c’est-à-dire la reconnaissance d’Israël, sans que l’Etat hébreu n’exprime même une quelconque intention de réagir avec une paix réelle. En réalité, le nœud du problème n’est ni Israël ni Washington. C’est plutôt les Arabes qui pensent qu’ils ont parfaitement accompli leur devoir en proposant une initiative et qu’ils sont victimes de circonstances plus fortes qu’eux. Avec cette façon de raisonner, que peuvent faire les Arabes ? Pour répondre à cette question, il faut avant tout remettre en cause certaines vérités premières. Avant tout, est-ce que les Arabes veulent vraiment soutenir la cause palestinienne ? Est-ce que les Arabes comprennent, de façon unie, les points pour lesquels il faut lutter dans cette cause qui est sur le point d’être liquidée totalement ? Et ce, en considérant que la liquidation signifie la transformation d’un conflit arabo-israélien en conflit amer entre des parties palestiniennes, nourri par une impuissance arabe et une insistance israélienne à effacer tout ce qui est palestinien, le dernier rempart qui persiste dans cette cause. La vérité est que les Arabes ont laissé Israël faire ce qu’il veut sur le champ palestinien. C’est alors que les Palestiniens se sont divisés et leur sang a coulé alors que la puissance sioniste a protégé le sang israélien. Et pour diverses raisons, les Arabes n’ont pas insisté à réaliser une conciliation palestinienne sérieuse et à employer les cartes de force contre Israël et les Etats-Unis. Tel-Aviv et Washington ont détecté le manque de sérieux chez les Arabes. Les Arabes ne connaissent pas bien les cartes de jeu en leur possession et ne savent pas comment jouer avec ces cartes capables de changer l’équilibre des coalitions internationales. Bref, les Arabes souffrent d’un manque de volonté dans la prise de décisions. Cette volonté, les Arabes l’ont mise en gage chez leur ennemi en voulant avoir confiance en ses bonnes intentions. Et c’est ainsi qu’ils perdent leurs patries. publié par al-Ahram hebdo en français / Abdallah Al-Achaal http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahra... |
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Rapport n° 56 sur les violations israéliennes des droits humains
Les Forces d'occupation israéliennes (FOI) continuent d'agresser systématiquement les civils palestiniens et leurs biens dans les Territoires palestiniens occupés (TPO).
- la marine israélienne a continué ses attaques contre les pêcheurs palestiniens dans la bande de Gaza ; - les FOI ont maintenu un siège total sur les TPO et l'isolement de la bande de Gaza du monde extérieur ;Israël a poursuivi ses activités de colonisation en Cisjordanie et les colons leurs agressions contre les Palestiniens et leurs biens :
![]() Document public |
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L’inévitable régime binational
La stratégie du « diviser pour régner » est un moyen notoire de domination colonialiste ; toutefois, nous sommes au XXIe siècle et aujourd’hui les traditions impérialistes sont considérées comme un chapitre infâme de l’histoire du monde occidental, écrit Meron Benvenisti. L’article ci-dessous, extrait d’un livre, a été publié aujourd’hui dans l’édition de Haaretz en hébreu. Il n’a pas été publié dans l’édition anglaise du journal, mais il a été traduit par les professeurs Zalman Amit and Daphna Levitt et circule par courriel. Meron Benvenisti Les analyses rigoureuses de Meron Benvenisti hérissent souvent, aussi bien la droite que la gauche. Il a été maire-adjoint de Jérusalem dans les années 70, chargé de l’administration des secteurs arabes annexés de la ville. Dans les années 80, avant la première intifada, il a fondé et dirigé le West Bank Data Project , qui a mis en lumière les effets des politiques israéliennes. Sa conclusion la plus controversée est que ces politiques correspondent à une annexion de facto. Il a prétendu, qu’à cause des colonies (qui à l’époque n’étaient que des miettes par rapport à aujourd’hui), la situation était devenue irréversible. En conséquence, Benvenisti maintient depuis longtemps que, pour des raisons de population et de ressources, la terre située entre le Jourdain et la Méditerranée ne peut pas accueillir deux États. Parmi ses livres, on citera : Jerusalem : The Torn City (1977) ; Conflicts and Contradictions : Israel, the Arabs and the West Bank (1986) ; Intimate Enemies : Jews and Arabs in a Shared Land (1995) ; City of Stone : The Hidden History of Jerusalem (1996) ; et Sacred Landscape : The Buried History of the Holy Land since 1948 (2000). L’inévitable régime binational Meron Benvenisti Les territoires ont été occupés en 1967 comme suite à une action militaire, mais l’aspect militaire a rapidement cédé le pas à l’élément « civil » - à savoir les colonies - qui sont devenues le facteur prépondérant, subjuguant les militaires à leurs besoins et mettant les forces de sécurité au service du groupe ethnique juif. Finalement, les colonies elles-mêmes n’étaient plus aussi significatives qu’elles ne l’avaient été à une époque. Dans les années 70 et 80, le simple fait de construire et de peupler des colonies dans n’importe quel point des territoires a joué un rôle essentiel dans la création de faits accomplis politiques. Ceux qui ont implanté les colonies dans le bloc Katif de la bande de Gaza, ou au coeur de la Samarie et en Judée septentrionale ont présumé que les Palestiniens resteraient soumis à jamais ; autrement, comment expliquer pourquoi on aurait créé des villes juives au sein de populations arabes ? Les colons ont prétendu dès le début que le sionisme faisait fi de la réalité. Le sionisme a réussi, disaient-ils, précisément parce qu’il avait ignoré la réalité. Par conséquent, les arguments démographiques et géographiques utilisés contre les colons s’évaporaient dans la ferveur de leur imagination. Les colonies, pièces de musée Vers la fin des années 80, les colonies ont franchi le seuil critique au-delà duquel leur croissance démographique et urbaine était assurée. Les dirigeants des colonies ont créé avec succès un groupe de pression puissant qui chevauchait la Ligne verte. Il s’ensuit que l’infrastructure juridique et physique, qui rendait possible l’annexion de facto des territoires, était solidement ancrée. À partir de là, le nombre de colonies, et même la taille de leur population, sont devenus sans importance parce que l’appareil de domination israélienne avait été raffiné au point de brouiller totalement la distinction entre Israël proprement dit et les territoires occupés, et entre d’une part, les colonies de Cisjordanie et de la bande de Gaza et d’autre part, les communautés juives à l’intérieur d’Israël. De même, la confiscation de terres a cessé d’avoir principalement pour but d’y construire des colonies, pour devenir avant tout le moyen de gêner les mouvements de la population palestinienne et de s’approprier son espace physique. Dans le nouveau paradigme, les colonies ne sont plus importantes en tant qu’instruments de contrôle spatial. La barrière/mur de séparation et ses portes, les « routes stériles » et une myriade de règlements militaires se sont substitués aux colonies en tant que symboles du sionisme. Néanmoins, la plupart des colonies, aussi bien grandes que petites, ont continué à gaspiller les ressources publiques à une échelle colossale tout en prétendant à tort qu’elles étaient « le noyau de l’entreprise idéologique sioniste » et qu’elles étaient nécessaires pour sa sécurité. Quarante ans après la création de la première colonie, « la colonie » - tout comme le kibboutz et le mochav et comme les colonies entourées de palissades et dotées d’un mirador de la période antérieure à l’État- est devenue une autre pièce au musée des antiquités sionistes. L’âge de l’idéologie est terminé ; la construction de colonies et leur démantèlement sont devenus un passe-temps dépassé sans incidence réelle sur les développements politiques, si ce n’est comme symbole et moyen de mobiliser aussi bien la droite que la gauche. La tentative de désigner les colonies - et les colons - comme les principaux obstacles à la paix est un alibi pratique, masquant l’implication de tout le corps israélien dans le maintien et l’expansion du régime de coercition et de discrimination dans les territoires occupés et la préservation des bénéfices qu’il en retire. À la fin des années 80, après deux décennies d’occupation, le contrôle israélien des territoires situés au-delà de la Ligne verte est devenu quasi permanent, et la souveraineté s’exerçait uniquement vis-à-vis des résidents palestiniens : en ce qui concerne les citoyens israéliens et leurs intérêts, l’annexion des territoires est un fait accompli. Définir les territoires comme « occupés » est en fait une tentative de donner un caractère temporaire à leur situation qui se terminera « lorsqu’il y aura la paix » et cela permet de ne pas résoudre « entre-temps » les dilemmes immédiats. Le terme est une béquille pour ceux qui recherchent des précédents optimistes, leur permettant de croire que cette occupation se terminera, comme toutes les autres avant elle. Ce choix linguistique contribue donc à masquer et noyer la réalité des territoires, encourageant ainsi le maintien du statu quo. Un statu quo quasi stable La poursuite du statu quo crée une situation quasi stable : la communauté juive - réseau décousu de cultures et de tribus ethniques en tension permanente - est soudée par l’inimitié de « l’Autre » palestinien et par sa volonté de le gouverner. L’unité vis-à-vis du monde extérieur lui permet de maintenir son contrôle et de mettre en oeuvre avec succès une stratégie de morcellement de la communauté palestinienne. La stratégie du « diviser pour régner » est un moyen notoire de domination colonialiste ; toutefois, nous sommes au XXIe siècle et aujourd’hui les traditions impérialistes sont considérées comme un chapitre infâme de l’histoire du monde occidental. Au fil de trois générations, le peuple palestinien a été réduit en miettes. Il a non seulement été écrasé par la force, mais a également assumé des identités fractionnées et s’est soumis aux programmes qui lui étaient dictés : l’Autorité palestinienne représente ostensiblement le peuple palestinien, mais en fait elle ne représente que la partie palestinienne vivant en Cisjordanie et se débat dans le « processus de paix » pour améliorer les conditions d’un quart seulement de la nation palestinienne tout entière. Les habitants de Jérusalem-Est veulent uniquement qu’on les laisse tranquilles et ne veulent pas être forcés (« par patriotisme » à renoncer aux privilèges dont ils bénéficient en tant que résidents israéliens ; dans le débat sur le détachement des quartiers arabes périphériques, les habitants de Jérusalem-Est veulent rester annexés à Israël. Les Israéliens palestiniens (« Arabes israéliens se battent pour qu’on les reconnaisse en tant que « minorité nationale » et exigent des droits individuels et collectifs égaux sous le régime israélien. Ils n’associent pas leur lutte à celle de leurs frères qui vivent de l’autre côté du mur / barrière de séparation. Les Israéliens palestiniens se battent pour « l’égalité » et leurs « droits de citoyens » tandis que les Palestiniens des territoires occupés se battent pour « l’autodétermination ». Les militants du Hamas de la bande de Gaza ne s’intéressent pas aux implications de leur rhétorique pour les intérêts de l’ensemble de la nation palestinienne. Quant aux Palestiniens de la diaspora, ils continuent à trimballer les clés de la maison qu’ils ont quittée en 1948 et rêvent du « Retour ». La division des Palestiniens en sous - communautés n’a pas encore atteint son accomplissement et les contraintes politiques, économiques et sécuritaires approfondissent le retranchement des identités divisées, qui assument lentement des caractéristiques culturelles et même linguistiques séparées. Au fil des générations, l’entreprise sioniste - dont le développement a défié la communauté arabe palestinienne, et a donc contribué à son unification en un groupe national distinct - est devenue la force dominante sous l’emprise de laquelle la communauté palestinienne a éclaté. Processus du morcellement palestinien Le morcellement est devenu le principal outil du contrôle israélien désireux de préserver sa domination sur Israël/Palestine depuis le fleuve jusqu’à la mer. Le morcellement lui sert d’assurance contre la « menace démographique » puisque très bientôt, les Palestiniens auront la majorité numérique dans la région. La communauté juive au pouvoir continuera, même lorsqu’elle deviendra minoritaire, à imposer ce morcellement aux Palestiniens en utilisant la carotte et le bâton habituels, en dictant le programme, en menaçant, en maniant les punitions collectives et les pots de vin. Ceci préservera, voire approfondira, le manque de coordination, la divergence d’intérêts des communautés palestiniennes divisées et assurera la domination de la communauté juive - intérieurement fragmentée, mais donnant une image extérieure de cohésion - sur les Palestiniens morcelés, assurant par là même le statu quo. Durant les années 60 et 70, la politique de morcellement visait une minorité d’ « Arabes israéliens ». Maintenant, elle est mise en oeuvre d’une manière extrêmement sophistiquée pour 5 millions de Palestiniens, sans attirer guère d’attention. Ce n’est pas par accident que la propagande israélienne n’a pas intérêt à mettre en lumière les réalisations du morcellement ; au contraire, Israël agite le spectre de la « menace existentielle » contre un adversaire monolithique, afin de rallier des partisans contre « les forces sombres de l’islamofascisme. En cela, les sionistes sont inconsciemment aidés par les milieux de gauche et le « camp de la paix » qui restent attachés à la notion romantique d’un peuple palestinien soudé, uni dans sa lutte pour la liberté. À eux se joignent des porte-parole palestiniens qui considèrent que parler du succès du morcellement relève d’une propagande hostile. Même ceux qui sont au courant sont surpris quand on attire leur attention sur l’étendue du processus de morcellement. Leur attention est détournée vers des questions marginales et plusieurs organisations concurrentes appuient chacune un groupe fragmenté, exécutent des programmes différents et retiennent l’attention, exacerbant par là même, le morcellement et la confusion. Le paradoxe est que les tentatives sérieuses d’aborder des programmes palestiniens séparés qui prétendent contester le statu quo, ne font en fait que le renforcer. La place proéminente des « relations internationales » et le discours diplomatique en sont l’exemple le plus frappant. Des négociations inutiles et de longues discussions entre experts sur des « questions clés » se poursuivent pendant des décennies sans produire de changement dans les arguments et les contre-arguments éculés tandis que la réalité est transformée et que le « processus de paix » sert de rideau derrière lequel s’est retranchée la règle du diviser pour régner. Un concept unique de souveraineté La position sioniste traditionnelle consistant à nier l’existence même d’une nation palestinienne ne peut pas servir de réponse à la demande palestinienne d’autodétermination dans les territoires occupés. Néanmoins, les Israéliens cherchent à limiter ce concept à un quart seulement des Palestiniens, ceux qui vivent en Cisjordanie. À leur intention, ils ont inventé un concept d’ « État » unique : sa « souveraineté » sera éparpillée, privée d’infrastructures physiques unies/intégrées, sans liens directs avec le monde extérieur et limitée à la hauteur de ses bâtiments résidentiels et à la profondeur de ses tombes. L’espace aérien et les ressources en eau resteront sous contrôle israélien. Les patrouilles d’hélicoptères, les ondes hertziennes, les manettes des pompes à eau et les interrupteurs électriques, l’enregistrement des résidents et l’émission de cartes d’identité, ainsi que les laissez-passer d’entrée et de sortie, seront également contrôlés (directement ou indirectement) par les Israéliens. Cette caricature ridicule d’un État palestinien, décapité et sans pieds, sans avenir , sans aucune chance de développement est présentée comme l’accomplissement du but de symétrie et d’égalité inhérent au vieux slogan « deux États pour deux peuples ». Il a l’appui, même des partisans loyaux du « Grand Israël » et le « camp de la paix » traditionnel se réjouit de son triomphe. Des pans importants du « camp de la paix » israélien qui croit fermement dans la « partition de la terre » comme principe métapolitique, sont contents ; ils croient qu’ils ont gagné le débat idéologique, historique avec la droite. Maintenant, ils peuvent charger toute la tragédie palestinienne sur une entité qui englobe moins de 10 % de la Palestine historique. En outre, ce serait la solution pour tous les réfugiés à l’extérieur de Palestine « qui peuvent rentrer dans le mini État palestinien » et aussi offrir une solution pour les Palestiniens israéliens qui peuvent obtenir leurs droits collectifs dans un État palestinien. C’est en fait une solution bon marché et pratique ; après tout, elle se base en apparence sur le modèle vénérable du « conflit national » et la solution classique de deux États pour deux peuples. Mais comment se fait-il qu’Ariel Sharon, Ehud Olmert et Benyamin Netanyahou, rejetons du « camp nationaliste » soient devenus les champions de l’ « État-nation palestinien » ? Qu’est-ce qui les a amenés à croire qu’il n’y a qu’une seule entité collective légitime - les Palestiniens étant simplement des bandes terroristes - pour déclarer que le conflit est national et que par conséquent la solution consiste en une partition entre « deux États-nations » ? La cause en est les Palestiniens, qui en lançant l’intifada d’al-Aqsa ont obligé les Israéliens à se rendre compte qu’ils sont irrépressibles et ne peuvent être ni ignorés ni déportés. L’intifada a forcé les Israéliens, pour la première fois de leur histoire, à délimiter les frontières géographiques de leur expansion, à construire des barrières et des barrages routiers et à abandonner les zones peuplées risquant de renverser l’équilibre démographique. Les zones restantes, fragmentées et non viables, peuvent être déclarées comme l’État palestinien. Effacer de la conscience Cette prise de conscience a coûté cher aux relations inter communautaires. Les événements violents de l’intifada ont amené le public israélien - juif à une croisée des chemins dans ses relations avec ses voisins - ennemis. Pour la première fois depuis que la rencontre tragique a commencé il y a plus d’un siècle, les juifs ont tourné le dos aux Palestiniens, les ont effacés de leur conscience, les ont emprisonnés derrière des murs impénétrables. Les juifs ont voulu se rassembler dans un ghetto et ont prié pour que la Méditerranée soit à sec afin qu’un pont puisse être construit pour les relier à l’Europe. Cette mentalité se manifeste dans les deux monuments récemment construits et dont le symbolisme dépasse la valeur fonctionnelle : la gigantesque barrière/mur de séparation et l’aéroport colossal de Ben Gourion. Le mur a pour fonction de cacher les Palestiniens et de les effacer de la conscience israélienne, tandis que l’aéroport sert de porte d’évasion. Ostensiblement, cela n’est pas nouveau : le public juif a toujours aliéné et ignoré les Arabes. Mais c’était une indifférence intime , similaire à la manière dont une personne approche sa propre ombre ; elle peut l’ignorer, mais elle ne peut jamais s’en débarrasser. Le processus de désengagement mental est continu, mais il n’y a pas de doute que l’apparition des commandos- suicides l’a accéléré. Il ne pouvait pas y avoir de considération intime pour une culture qui alimente un phénomène aussi monstrueux et les Palestiniens étaient par conséquent complices dans le divorce qui leur était imposé. Les milieux racistes de droite ont exploité la situation et ont transformé des émotions diffuses en un plan pratique de « transfert » (ou expulsion) et de refus des droits civiques ; les militants des droits humains se sont opposés aux injustices et se sont heurtés à l’indifférence ; les mouvements politiques excellent à effacer les Arabes de la conscience israélienne ; et ceux qui mettent en garde (tout cela est une illusion) qu’il est impossible d’effacer des millions d’êtres humains, sont traités avec hostilité. La droite israélienne manifeste du mépris à l’égard de la « racaille » arabe et croit qu’il est possible de contrôler les Arabes par des tours de passe-passe et des menaces, tandis que la gauche israélienne joue avec des plans de paix théoriques et se garde de s’impliquer dans les difficultés quotidiennes de la population palestinienne ; ensemble, ils répètent tous le slogan « nous somment ici et eux sont là-bas ». Statu quo durable Il est réaliste de conclure qu’Israël continuera à gérer le conflit en fragmentant les Palestiniens. Le statu quo perdurera aussi longtemps que les forces qui souhaitent le préserver sont plus fortes que celles qui désirent le saper et telle est la situation aujourd’hui en Israël/Palestine.Après près d’un demi-siècle, le système de gouvernement israélien connu sous le nom d’ « occupation » - qui assure le contrôle complet de tout agent ou processus qui met en danger la domination totale de la communauté juive ainsi que les avantages politiques et matériels que celle-ci accumule- est devenu de plus en plus sophistiqué de façon empirique, réaction non planifiée à quelque code génétique de la société colonisatrice qui a supplanté l’autre. Ce statu quo, qui semble chaotique et instable est beaucoup plus solide que la description conventionnelle de la situation parlant d’une « occupation militaire temporaire » ne le laisserait penser. C’est précisément parce que le statu quo est essentiellement trouble et mal défini que son ambiguïté assure sa durabilité : il se prête à des interprétations différentes et conflictuelles et semble préférable aux scénarios apocalyptiques ; c’est pourquoi il est persuasif. Le statu quo volatile survit grâce à une combinaison de plusieurs facteurs : 1. Le morcellement de la communauté palestinienne et l’excitation des fragments restants les uns contre les autres. 2. La mobilisation de la communauté juive en faveur du régime d’occupation, perçu comme une sauvegarde de son existence même. 3. Le financement du statu quo par les « pays donateurs ». 4. Une stratégie à l’égard des pays voisins donnant la priorité aux intérêts bilatéraux et mondiaux plutôt qu’à la solidarité ethnique arabe. 5. Le succès de la campagne de propagande connue sous le nom de « négociations avec les Palestiniens » qui convainc beaucoup que le statu quo est temporaire et que par conséquent ils peuvent continuer à s’amuser avec les alternatives théoriques à « l’arrangement du statut final ». 6. La réduction au silence de toutes les critiques en les taxant de haine et d’antisémitisme ; répulsion à l’égard de qui oserait dire que le statu quo est durable et ne sera pas facilement changé. Changements internes Il ne faut pas déduire que le statu quo est gelé ; bien au contraire, les mesures prises pour le perpétuer entraînent des conséquences à long terme. Le détachement de Gaza n’est pas temporaire, mais quasi permanent et il affectera l’avenir du peuple palestinien. Avoir détaché Gaza de la Cisjordanie a créé deux entités séparées et Israël peut inscrire une autre victoire à son actif dans le processus de morcellement : 1,5 million de Palestiniens sont en voie de réaliser une caricature d’État qui comprend 1,5 % de la Palestine historique où habitent 30 % de son peuple. Le canton cisjordanien, dont la surface rétrécit rapidement sous l’effet d’une colonisation de masse est considéré comme le coeur des Palestiniens sous occupation. Toutefois, il subit des changements politiques et économiques rapides qui ressemblent à ceux qu’ont connu les Palestiniens israéliens après 1948, avec des différences évidentes en raison des circonstances historiques et de la taille de la population. Il semble que beaucoup de Cisjordaniens se soient véritablement lassés de la violence qui les a conduits au désastre, ce qui oblige les Israéliens à tenir compte du caractère non-violent de le leur lutte et de l’accumulation par leur communauté de pouvoir économique et socioculturel. Tous ces changements, ainsi que d’autres, intervenus dans le statu quo, sont significatifs, mais restent internes et se déroulent sous le contrôle d’Israël qui peut les accélérer ou les ralentir en fonction de ses intérêts. Toutefois, sans la permission, ou du moins l’indifférence des puissances extérieures, le statu quo ne pourrait pas durer. Des contributions financières massives libèrent Israël du fardeau que représente le coût énorme du maintien de son contrôle sur les Palestiniens et créent un système de corruption et d’intérêts acquis. L’existence artificielle de l’Autorité palestinienne perpétue en soi le statu quo parce qu’il alimente l’illusion que la situation est temporaire et que le « processus de paix » y mettra bientôt fin. Disparités économiques Habituellement, l’accent porte sur l’inégalité politique et civile et le refus de droits collectifs que le modèle de partition - ou le modèle de partage du pouvoir - est censé résoudre. Mais l’inégalité économique, l’iniquité plus importante encore et plus dangereuse qui caractérise la situation actuelle ne seront corrigées par aucune des deux solutions. Il y a un écart gigantesque dans le produit intérieur brut par habitant entre Palestiniens et Israéliens : il est de plus de 1 : 10 en Cisjordanie et de 1 :20 dans la Bande de Gaza ; il y a également une disparité énorme dans l’utilisation des ressources naturelles (terres, eau). Cet écart ne peut pas durer sans la force des armes mise en oeuvre si efficacement par l’établissement de défense israélien qui applique un système de contrôle draconien. Même la plupart des Israéliens qui s’opposent à « l’occupation » ne veulent pas y renoncer parce que leur bien-être personnel en pâtirait. Tous les systèmes économiques, sociaux et spatiaux de gouvernance dans les territoires occupés sont conçus pour maintenir et sauvegarder les privilèges israéliens et la prospérité des deux côtés de la « Ligne verte » aux dépens de millions de Palestiniens captifs et appauvris. Il faut donc rechercher un paradigme différent pour décrire l’état des choses plus de 40 ans après que Israël/Palestine est devenu à nouveau une unité géopolitique suivant 19 ans de partition. Le terme « régime binational de facto » est préférable au paradigme occupant/occupé parce qu’il décrit la dépendance mutuelle des deux sociétés ainsi que les liens physiques, économiques, symboliques et culturels qui ne peuvent pas être rompus sans un coût intolérable. Décrire la situation comme étant binationale de facto n’indique pas qu’il y ait parité entre Israéliens et Palestiniens ; bien au contraire, la description souligne la domination totale par la nation juive - israélienne sur une nation palestinienne morcelée, aussi bien territorialement que socialement. Aucun paradigme d’occupation militaire ne peut refléter les bantoustans créés dans les territoires occupés qui séparent une population libre et prospère, ayant un PIB brut de près de 30 000 $ par habitant, d’une population dominée, incapable de façonner son propre avenir, ayant un PIB de 1500 $ par habitant. Aucun paradigme d’occupation militaire ne peut expliquer comment la moitié des zones occupées (« zone C ont été essentiellement annexées, laissant à la population occupée des terres séparées sans existence viable. Seule une stratégie d’annexion et de domination permanente peut expliquer la vaste entreprise de colonisation et les énormes investissements effectués dans les logements et l’infrastructure. Histoire du dilemme binational - partition Le dilemme binational/partition n’est pas nouveau pour les deux mouvements nationaux. Les Palestiniens, qui ont rejeté la résolution de partition des Nations unies de 1947, ont dit dans leur convention nationale que la Palestine est « une unité territoriale intégrale ». Ce principe est devenu dans les années 70 le concept d’une « Palestine démocratique non sectaire (ou laïque) ». En 1974, l’OLP a abordé dans sa réflexion politique l’idée de la partition. Elle a adopté le Plan par phases : « nous continuerons à lutter pour obtenir les droits du peuple palestinien au retour et à l’autodétermination dans le contexte d’un État palestinien national indépendant dans toute partie du sol palestinien, à titre intermédiaire, sans compromis, reconnaissance ou négociation ». En 1988, l’OLP a toutefois modifié cette stratégie par le biais des négociations pour arriver à la formule actuelle de partition en suivant les lignes de l’armistice de 1967. Donc les Palestiniens n’ont accepté l’option de partition qu’il y a 20 ans. Jusque vers le milieu des années 40, le sioniste a officiellement défini son objectif national final exclusivement par la transformation de la Palestine Eretz Israël en une entité indépendante ayant une écrasante majorité juive. L’objectif final de tous les mouvements nationaux (création d’un État souverain) était sous-entendu les sionistes s’identifiant comme un mouvement de libération nationale. Toutefois, le débat sur les avantages qu’il y avait à mettre l’accent sur l’objectif final s’est poursuivi pendant toute l’histoire du mouvement sioniste. Le leadership officiel s’est efforcé de formuler des objectifs politiques intermédiaires et ceux-ci ont changé en fonction des conditions politiques. Dans l’ordre chronologique, ses objectifs ont été : un foyer national, une immigration sans restriction et la création d’une majorité juive, un « sionisme organique » (c’est-à-dire colonisation et un secteur économique juif indépendant) ; le partage du pouvoir (« parité avec les Arabes (indépendamment de la taille de la population) ; un État binational ; une fédération de cantons juifs et arabes ; la partition. Ce n’est qu’au début des années 40, que les sionistes ont ouvertement et officiellement soulevé la demande d’un État juif souverain. Les objectifs territoriaux du mouvement sioniste étaient également ambigus. L’accord sur la partition de la Palestine (1936, 1947) a été accepté par beaucoup comme une simple phase dans la réalisation des aspirations sionistes, mais aussi (par certains) comme un compromis fondamental avec le mouvement national palestinien. Pendant la période du mandat, l’idée binationale été jugée acceptable par l’établissement sioniste, notamment par Haïm Weizman et David Ben Gourion. Il faut toutefois rappeler que les juifs étaient en minorité et que leur exigence d’un État juif était insolente ; le partage du pouvoir et même la parité semblaient préférables. En outre, une fédération de cantons aurait pu aplanir l’énorme avance démographique arabe. Le choix entre le binationalisme et la partition a été fait deux fois : en 1936, la commission Peel a rejeté le plan de cantonisation de l’Agence juive et a choisi la partition ; en 1947, l’assemblée générale des Nations unies a voté en faveur de la partition et a rejeté le plan minoritaire proposant un État fédéral. Seul un groupe marginal d’intellectuels juifs considérait l’État binational comme la seule manière d’éviter un conflit sanglant permanent. Ces intellectuels ont essayé de copier le modèle suisse ; ils ont accentué le principe de la parité, mais ne sont pas entrés dans les détails. De fait, il n’était pas nécessaire de le faire puisque, tant les Palestiniens que les sionistes rejetaient l’idée binationale et la plupart des juifs la considéraient comme une trahison. Le mouvement Hashomer Hatzsair a adopté certains des éléments du modèle binational, mais la création de l’État en 1948 a mis fin à cette initiative. Ce fut le triomphe de la notion selon laquelle le sionisme ne peut être réalisé que par un État juif souverain, et ceux qui osent contester ce précepte sont considérés comme des traîtres. Après la guerre de 1967, la droite politique israélienne a joué avec le concept du binationalisme sous une forme conforme à son idéologie (le plan d’autonomie). L’idéologie du Likoud a rejeté le caractère « transitoire » de l’occupation israélienne, mais sa croyance dans le « Grand Israël » s’est heurtée à la réalité démographique ; les cercles libéraux du Likoud (dirigés par Menachem Begin) se débattaient dans le fameux dilemme : un État juif ou démocratique ? La réponse de Begin se fondait sur le système (failli) qu’il avait connu en Europe de l’Est après la première guerre mondiale - non territorial, autonomie culturelle et communale pour les minorités ethniques en vertu des traités relatifs aux minorités de la Ligue des Nations. Le plan d’autonomie de Begin avait été modifié dans les accords de Camp David (1978) et on y ajouta les éléments territoriaux. Le modèle d’Oslo a repris beaucoup d’éléments (fortement modifiés) du plan d’autonomie de Begin et les accords d’Oslo peuvent être considérés comme des arrangements binationaux parce que les pouvoirs territoriaux et légaux de l’Autorité palestinienne sont intentionnellement vagues ; l’enveloppe extérieure des frontières internationales, le système économique, voire l’enregistrement de la population, restaient sous contrôle israélien. En outre, les accords complexes d’Oslo exigeaient une coopération étroite avec Israël, ce qui, du fait de l’énorme disparité entre son pouvoir et celui de l’Autorité palestinienne signifiait que l’AP était simplement une autorité municipale ou provinciale ennoblie. Donc en l’absence de tout processus politique, une structure binationale de facto a été implantée bon gré mal gré. Une description non pas une prescription La chose n’est plus à débattre ; la question n’est pas de savoir si une entité binationale sera établie, mais plutôt de quel type d’entité il s’agira. Le processus historique qui a commencé en conséquence de la guerre de 1967 a progressivement abrogé l’option de partition, si celle-ci a jamais existé. Par conséquent, le binationalisme est moins un programme politique ou idéologique qu’une réalité de facto déguisée en situation temporaire. C’est une description de la situation actuelle et non pas une prescription. 22 janvier 2010 - JFJFP - Cet article peut être consulté ici : 4 février 2010 - Meron Benvenisti - Info-palestine |
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28 pays en situation d'extrême urgence [Unicef]
L'Unicef publie son rapport consacré aux urgences dans le monde. Outre Haïti, de nombreux pays, du Soudan au Sri Lanka, des Territoires palestiniens au Yémen, nécessitent une aide immédiate pour la survie des enfants.
Distribution d'eau potable auprès des populations déplacées, au Pakistan. © UNICEF/NYHQ2009-0565/Marta Ramoneda Le rapport de l'UnicefL'actualité haïtienne nous rappelle cruellement que les enfants sont les plus vulnérables en situation d'urgence. Dans son rapport Action humanitaire 2010 (téléchargeable ci-contre), l'Unicef attire l'attention sur 28 pays en situation d'urgence, pour lesquels 1,160 milliards $ (plus de 834 millions eurosont réclamés. L'Unicef, acteur de l'urgenceL'Unicef, agence des Nations unies dédiée à l'enfance, est l'un des premiers acteurs de l'urgence. En situation de crise, la coordination entre agences onusiennes et ONG réserve à l'Unicef le rôle de leader sur l'eau, l'hygiène et l'assainissement ainsi que sur la nutrition. L'Unicef est co-leader sur l'éducation (avec l'ONG Save the Children) et la protection de l'enfance (avec le Haut Commissariat aux Réfugiés). Concrètement, cela suppose que l'Unicef est reponsable de l'approvisionnement en eau potable par camion citerne ou par bouteilles, de la distribution de moyens de purification des points d'eau, de la distribution de kits de secours avec jerrycans et matériel d'urgence, de l'installation de latrines... L'Unicef approvisionne en produits de nutrition thérapeutique les familles et les centres de santé afin de subvenir aux besoins des enfants en situation de malnutrition aiguë : biscuits protéinés, plumpy nut, lait thérapeutique... Sont aussi du ressort de notre agence : les campagnes de vaccination ; la recherche des enfants séparés, dans le but de les réunifier à leur famille ; le soutien psychoscial auprès des enfants traumatisés et de leurs familles ; les efforts pour restaurer la scolarité et l'équilibre que cela entraîne dans le quotidien des enfants...
L'Unicef délivre des secours grâce à sa "Division des approvisionnements" dont le centre principal est situé à Copenhague.
jeudi 04 février 2010 / Unicef |
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Somalie: Comment les puissances coloniales maintiennent le pays dans le chaos-Interview de Mohamed H
La Somalie avait tout pour réussir : une situation géographique avantageuse, du pétrole, des minerais et, fait plutôt rare en Afrique, une seule religion et une seule langue pour tout le territoire. La Somalie aurait pu être une grande puissance de la région. Mais la réalité est toute différente : famine, guerres, pillages, pirates, attentats... Comment ce pays a-t-il sombré? Pourquoi n'y a-t-il pas de gouvernement somalien depuis presque vingt ans? Quels scandales se cachent derrière ces pirates qui détournent nos navires? Dans ce nouveau chapitre de notre série « Comprendre le monde musulman », Mohamed Hassan nous explique pourquoi et comment les puissances impérialistes ont appliqué en Somalie une théorie du chaos. Comment la piraterie s'est-elle développée en Somalie? Qui sont ces pirates? Depuis 1990, il n'y a plus de gouvernement en Somalie. Le pays est aux mains de seigneurs de guerre. Des navires européens et asiatiques ont profité de cette situation chaotique pour pêcher le long des côtes somaliennes sans aucune licence et sans respecter des règles élémentaires. Ils n'ont pas respecté les quotas en vigueur dans leurs propres pays pour préserver les espèces et ont employé des techniques de pêche - notamment des bombes! - qui ont créé d'énormes dégâts aux richesses des mers somaliennes. Ce n'est pas tout ! Profitant également de cette absence d'autorité politique, des compagnies européennes, avec l'aide de la mafia, ont déversé des déchets nucléaires aux larges des côtes somaliennes. L'Europe était au courant, mais a fermé les yeux car cette solution présentait un avantage pratique et économique pour le traitement des déchets nucléaires. Or, le tsunami de 2005 a déposé une grande partie de ces déchets jusqu'aux terres somaliennes. Et d'étranges maladies sont apparues pour la première fois au sein de la population. Voilà le contexte dans lequel la piraterie s'est principalement développée. Les pêcheurs somaliens, qui disposent de techniques rudimentaires, n'étaient plus en mesure de travailler. Ils ont donc décidé de se protéger ainsi que leurs mers. C'est exactement ce que les Etats-Unis ont fait durant la guerre civile contre les Britanniques (1756 - 1763): ne disposant pas de forces navales, le président Georges Washington passa un accord avec des pirates pour protéger les richesses des mers américaines. Pas d'Etat somalien depuis presque vingt ans! Comment cela est-il possible? C'est le résultat d'une stratégie américaine. En 1990, le pays est meurtri par les conflits, la famine et les pillages, et l'Etat s'effondre. Face à une telle situation, les Etats-Unis, qui ont découvert quelques années auparavant des réserves de pétrole en Somalie, lancent l'opération Restore Hope en 1992. Pour la première fois, des Marines US interviennent en Afrique pour essayer de prendre le contrôle d'un pays. Pour la première fois aussi, une invasion militaire est déclenchée au nom de l'ingérence humanitaire. Le fameux sac de riz exhibé sur une plage somalienne par Bernard Kouchner ? Oui, tout le monde se souvient de ces images soigneusement mises en scène. Mais les véritables raisons étaient stratégiques. En effet, un document du département d'Etat US préconisait que les Etats-Unis se maintiennent comme seule et unique superpuissance mondiale suite à la chute du bloc soviétique. Pour accomplir cet objectif, il recommandait d'occuper une position hégémonique en Afrique, très riche en matières premières. Restore Hope sera pourtant un échec. Le film hollywoodien La chute du faucon noir a marqué les esprits, avec ses pauvres G.I.'s « assaillis par de méchants rebelles somaliens »... En effet, les soldats US seront vaincus par une résistance nationaliste somalienne. Depuis lors, la politique des Etats-Unis a été de maintenir la Somalie sans véritable gouvernement, voire de la balkaniser. La vieille stratégie britannique, d'ailleurs appliquée en de nombreux endroits : mettre en place des Etats faibles et divisés pour mieux tirer les ficelles. Voilà pourquoi il n'y a pas d'Etat somalien depuis presque vingt ans. Les Etats-Unis ont une espèce de théorie du chaos afin d'empêcher toute réconciliation somalienne et maintenir le pays divisé. Au Soudan, suite à la guerre civile, Exxon a dû quitter le pays après y avoir découvert du pétrole. Alors, laisser la Somalie plongée dans le chaos n'est-ce pas contraire aux intérêts des Etats-Unis qui ne peuvent y exploiter le pétrole découvert? L'exploitation du pétrole somalien n'est pas leur objectif prioritaire. Les Etats-Unis savent que les réserves sont là et n'en ont pas besoin dans l'immédiat. Deux éléments sont beaucoup plus importants dans leur stratégie. Tout d'abord, empêcher les compétiteurs de négocier avantageusement avec un Etat somalien riche et puissant. Vous parlez du Soudan, la comparaison est intéressante. Le pétrole que des compagnies pétrolières y ont découvert il y a trente ans, le Soudan le vend aujourd'hui aux Chinois. La même chose pourrait se produire en Somalie. Lorsqu'il était président du gouvernement de transition, Abdullah Yusuf s'était d'ailleurs rendu en Chine, bien qu'il fût soutenu par les Etats-Unis. Les médias US avaient vivement critiqué cette visite. Le fait est que les Etats-Unis n'ont aucune garantie sur ce point : si un gouvernement somalien voit le jour demain, peu importe sa couleur politique, il pourrait très bien adopter une stratégie indépendante des Etats-Unis et commercer avec la Chine. Les impérialistes occidentaux ne veulent donc pas d'un Etat somalien fort et uni. Le deuxième objectif poursuivi par cette théorie du chaos est lié à la situation géographique de la Somalie, qui est stratégique pour les impérialistes des Etats-Unis et de l'Europe réunis. Stratégique pourquoi? Le contrôle de l'Océan Indien, regardez la carte. Comme je l'ai dit, les puissances occidentales portent une lourde part de responsabilité dans le développement de la piraterie en Somalie. Mais plutôt que de dire la vérité et payer des compensations pour ce qu'elles ont fait, ces puissances criminalisent le phénomène afin de justifier leurs positions dans la région. Sous prétexte de combattre la piraterie, l'Otan positionne sa marine militaire dans l'Océan Indien. ![]() Le véritable objectif? Contrôler le développement économique des puissances émergentes, principalement l'Inde et la Chine. En effet, la moitié de la flotte mondiale des porte-conteneurs et 70% du trafic total des produits pétroliers passent par l'Océan Indien. De ce point de vue stratégique, la Somalie occupe une place importante : le pays a la plus vaste côte d'Afrique (3.300 kilomètres) et fait face au Golfe Arabe et au détroit d'Hormuz, deux centres névralgiques de l'économie de la région. De plus, si une réponse pacifique était apportée au problème somalien, les relations entre l'Afrique d'une part, et l'Inde et la Chine d'autre part, pourraient se développer à travers l'Océan Indien. Ces concurrents des Etats-Unis pourraient alors avoir de l'influence dans cette région de l'Afrique. Le Mozambique, le Kenya, Madagascar, la Tanzanie, Zanzibar, l'Afrique du Sud... Tous ces pays connectés à l'Océan Indien pourraient avoir un accès facile au marché asiatique et développer des relations économiques fructueuses. Nelson Mandela, lorsqu'il était président de l'Afrique du Sud, avait d'ailleurs évoqué la nécessité d'une révolution de l'Océan Indien avec de nouvelles relations économiques. Ce projet, les Etats-Unis et l'Europe n'en veulent pas. C'est pourquoi ils préfèrent maintenir la Somalie dans le chaos. Vous dites que les Etats-Unis ne veulent pas d'une réconciliation en Somalie. Mais quelles sont les origines des divisions somaliennes? Pour bien comprendre cette situation chaotique, nous devons remonter plus loin dans l'histoire de la Somalie. Ce pays a été divisé par les forces coloniales. En 1959, la Somalie devient indépendante par la fusion des colonies italienne au Sud et britannique au Nord. Mais des Somaliens vivent également dans certaines parties du Kenya, d'Ethiopie et de Djibouti. Le nouvel Etat somalien adopte d'ailleurs comme drapeau une étoile, dont chaque branche représente une des parties de la Somalie historique. Le message derrière ce symbole étant : « Deux Somalies ont été réunies mais il en reste trois colonisées ». Devant la légitimité de ces revendications, les Britanniques - qui contrôlaient le Kenya - organisèrent un référendum dans la région de ce pays revendiquée par la Somalie. 87 % de la population, provenant essentiellement d'ethnies somaliennes, se prononcèrent pour l'unité de la Somalie. Mais lorsque les résultats furent publiés, Jomo Kenyatta, leader d'un mouvement nationaliste kenyan, menaça les Britanniques d'expulser les colons s'ils cédaient une partie du territoire à la Somalie. La Grande-Bretagne décida donc de ne pas tenir compte du référendum et aujourd'hui encore, une importante communauté de Somalis vit au Kenya. Il faut bien comprendre que ces frontières coloniales ont été une véritable catastrophe pour la Somalie. Cette question avait d'ailleurs fait l'objet d'un débat important sur le continent africain. Quel était l'enjeu de ce débat ? Dans les années soixante, alors que de nombreux pays africains étaient devenus indépendants, un débat opposa ceux qu'on appelait les groupes de Monrovia et de Casablanca. Ce dernier, comportant entre autres le Maroc et la Somalie, souhaitait qu'on rediscute les frontières héritées du colonialisme. Elles n'avaient aucune légitimité à leurs yeux. Mais la plupart des pays africains et leurs frontières sont le produit du colonialisme. Finalement, l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA), ancêtre de l'actuelle Union Africaine, mit un terme au débat en décrétant que les frontières sont indiscutables : revenir sur ces délimitations provoquerait des guerres civiles partout sur le continent. Plus tard, l'un des architectes de l'OUA, le Tanzanien Julius Nyerere, confessa que cette décision était la meilleure mais qu'il la regrettait pour le cas somalien. Quel sera l'impact de ces divisions coloniales sur la Somalie ? Elles vont créer des tensions avec les pays voisins. Durant ces années où la Somalie réclamait la révision des frontières, l'Ethiopie était devenue un bastion de l'impérialisme des Etats-Unis, qui tenaient également des bases militaires au Kenya et en Erythrée. C'est alors que la Somalie, jeune démocratie pastorale, émit le désir de bâtir sa propre armée. Le but était de ne pas être trop faible face aux voisins armés, de soutenir les mouvements somalis en Ethiopie voire même de récupérer par la force certains territoires. Mais les puissances occidentales s'opposèrent à la création d'une armée somalienne. Donc, la Somalie entretenait des relations tendues avec ses voisins. N'était-il pas raisonnable de s'opposer à ce projet d'armée somalienne ? Cela aurait provoqué des guerres, non ? Ce qui préoccupait l'Occident, ce n'était pas les conflits entre pays africains mais ses propres intérêts. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne équipaient et formaient des militaires en Ethiopie, au Kenya et en Erythrée. Des pays qui vivaient encore sous le joug de systèmes féodaux très oppressifs. Mais c'était des régimes néocoloniaux dévoués aux intérêts des Occidentaux. En Somalie, par contre, le pouvoir en place était plus démocratique et indépendant. L'Occident n'avait donc pas d'intérêt à armer un pays qui pouvait échapper à son contrôle. En conséquence, la Somalie décida de se tourner vers l'Union Soviétique. Cela inquiéta hautement les puissances occidentales qui redoutaient que l'influence de l'URSS s'étende en Afrique. Ces craintes vont s'accentuer avec le coup d'Etat de 1969. C'est-à-dire ? Des idées socialistes s'étaient répandues dans le pays. En effet, une importante communauté somalienne vivait à Aden dans le Sud du Yémen. Or, c'est dans cette ville que la Grande-Bretagne avait pris pour habitude d'envoyer en exil toutes les personnes qu'elle considérait comme dangereuses en Inde : communistes, nationalistes, etc. Ils étaient tous arrêtés et envoyés à Aden où se développèrent rapidement des idées nationalistes et révolutionnaires qui affecteront plus tard les Yéménites mais aussi les Somaliens. Sous l'impulsion de civils aux idées marxistes, un coup d'Etat fut organisé en 1969 par les militaires et Siad Barré prit le pouvoir en Somalie. Quelles étaient les raisons de ce coup d'Etat ? Le gouvernement somalien était corrompu. Il avait pourtant tous les ingrédients en mains pour ériger le pays au rang de grande puissance de la région : une position stratégique, une seule langue, une seule religion et d'autres éléments culturels communs. Ce qui est plutôt rare en Afrique. Mais en ratant le développement économique du pays, ce gouvernement a créé un climat favorable à la division entre clans. Sous prétexte de faire de la politique, les élites somaliennes se sont divisées, chacune créant son parti sans véritable programme et en recrutant son électorat selon les clans existants. Cela accentua les divisions et se révéla totalement inefficace. Une démocratie de type libéral n'était en fait pas adaptée à la Somalie : il y avait à un moment 63 partis politiques pour un pays de trois millions d'habitants ! Et le gouvernement n'était même pas capable d'adopter une écriture officielle ce qui créait de sérieux problèmes dans l'administration. Le niveau d'éducation était faible. On établit malgré tout une bureaucratie, une police et une armée. Qui va d'ailleurs jouer un rôle fondamental dans le coup d'Etat progressiste. « Progressiste » ! Avec l'armée ? L'armée était la seule institution organisée en Somalie. En tant qu'appareil de répression, elle était supposée protéger le soi-disant gouvernement civil et l'élite. Mais pour de nombreux Somaliens provenant de familles et de régions différentes, l'armée était aussi un lieu de rencontres et d'échanges où il n'y avait pas frontières, pas de tribalisme, pas de divisions claniques... C'est comme cela que les idées marxistes héritées d'Aden vont circuler au sein de l'armée. Le coup d'Etat sera donc mené par des officiers qui étaient avant tout nationalistes et qui, sans avoir de très bonnes connaissances du socialisme, éprouvaient de la sympathie pour ces idées. De plus, ils étaient au courant de ce qui se passait au Vietnam et nourrissaient des sentiments anti-impérialistes. Les civils qui connaissaient bien Marx et Lénine mais qui n'avaient pas de parti politique de masse, appuyèrent le coup d'Etat et devinrent les conseillers des officiers lorsque ceux-ci prirent le pouvoir. Quel changement apporta le coup d'Etat en Somalie ? Un aspect positif important : le nouveau gouvernement adopta rapidement une écriture officielle. De plus, l'Union Soviétique et la Chine aidaient la Somalie. Les étudiants et la population se mobilisaient. L'éducation ainsi que les conditions sociales s'améliorèrent. Les années qui ont suivi le coup d'Etat furent ainsi les meilleures que la Somalie ait jamais connues. Jusqu'en 1977. Qu'est-ce qui a changé ? La Somalie, qui avait été divisée par les puissances coloniales, attaqua l'Ethiopie pour récupérer le territoire de l'Ogaden, majoritairement peuplé de Somalis. A cette époque pourtant, l'Ethiopie était elle-même un Etat socialiste soutenu par les Soviétiques. Ce pays avait été longtemps dirigé par l'empereur Sélassié. Mais durant les années septante, la mobilisation était forte pour le renverser. Les mouvements d'étudiants - auxquels j'ai personnellement participé - posaient quatre revendications majeures. Tout d'abord, résoudre les tensions avec l'Erythrée de manière pacifique et démocratique. Deuxièmement, établir une réforme agraire qui distribuerait des terres aux paysans. Troisièmement, établir le principe d'égalité des nationalités : l'Ethiopie était alors un pays multinational dirigé par une élite non représentative de la diversité. Quatrièmement, abolir le système féodal et établir un Etat démocratique. Tout comme en Somalie, l'armée était la seule institution organisée en Ethiopie et les civils s'associèrent aux officiers pour renverser Sélassié en 1974. Comment se fait-il que deux Etats socialistes soutenus par l'Union Soviétique se soient fait la guerre ? Après la révolution éthiopienne, une délégation regroupant l'Union Soviétique, Cuba et le Yémen du Sud organisa une table ronde en présence de l'Ethiopie et de la Somalie en vue de résoudre leur différend. Castro se rendit à Adis Abeba et à Mogadiscio. Selon lui, les revendications somaliennes étaient tout à fait justifiées. Finalement, la délégation éthiopienne accepta d'étudier sérieusement la demande de son voisin somalien et les deux pays signèrent un accord stipulant qu'aucun acte de provocation ne serait commis le temps de prendre une décision. Les choses semblaient donc bien parties, mais la Somalie ne respecta pas cet accord... Deux jours après que la délégation éthiopienne soit retournée au pays, Henry Kissinger, ancien ministre du président Nixon, débarqua à Mogadiscio. Kissinger représentait une organisation officieuse : le Safari Club qui regroupait notamment l'Iran du Chah, le Congo de Mobutu, l'Arabie Saoudite, le Maroc ainsi que les services secrets français et pakistanais. L'objectif de cette organisation était de combattre la prétendue infiltration soviétique dans le Golfe et en Afrique. Sous les pressions et les promesses d'aides du Safari Club, Siad Barré va commettre un désastre, une grave erreur stratégique: attaquer l'Ethiopie. Quelles seront les conséquences de cette guerre ? Les Soviétiques quittèrent la région et la Somalie, toujours présidée par Siad Barré, intégra le réseau néocolonial des puissances impérialistes. Le pays avait été sérieusement endommagé par le conflit et la Banque Mondiale et le FMI furent chargés de le « reconstruire ». Ceci allait aggraver les contradictions au sein de la bourgeoisie somalienne. Chacune des élites régionales voulant posséder son propre marché. Elles ont accentué les divisions entre clans et contribué à la dislocation progressive du pays jusqu'à la chute de Siad Barré en 1990. Depuis, aucun chef d'Etat ne lui a succédé. Mais, trente ans après la guerre de l'Ogaden, le scénario va s'inverser : l'Ethiopie sera appuyée par les Etats-Unis pour attaquer la Somalie... Oui, comme je l'ai dit, depuis l'échec de l'Opération Restore Hope, les Etats-Unis préfèrent maintenir la Somalie dans le chaos. Cependant, en 2006, un mouvement spontané se développa sous la bannière des tribunaux islamiques pour combattre les seigneurs de guerre locaux et ramener l'unité dans le pays. C'était une sorte d'intifada. Pour empêcher ce mouvement de reconstruire la Somalie, les Etats-Unis décidèrent brusquement de soutenir le gouvernement de transition somalien qu'ils n'avaient jamais voulu reconnaître. En fait, ils se rendirent compte que leur projet d'une Somalie sans Etat effectif n'était plus possible et qu'un mouvement était sur le point d'aboutir à une réconciliation du pays, islamique qui plus est ! Dans le but de saboter l'unité somalienne, ils décidèrent donc d'appuyer ce gouvernement de transition. Mais comme celui-ci ne disposait ni d'une base sociale, ni d'une armée, ce furent les troupes éthiopiennes commandées par Washington qui attaquèrent Mogadiscio pour faire tomber les tribunaux islamiques. Ca a marché ? Non, l'armée éthiopienne a été défaite et a dû quitter la Somalie. De leurs côtés, les tribunaux islamiques se sont dispersés en divers mouvements qui aujourd'hui encore, contrôlent une bonne partie du pays. Quant au gouvernement de transition d'Abdullah Yussuf, il s'est effondré et les Etats-Unis l'ont remplacé par Sheik Sharrif, l'ancien porte-parole des tribunaux islamiques. Sheik Sharrif est donc passé dans « l'autre camp » ? Il occupait la fonction de porte-parole des tribunaux islamiques, car c'est un bon orateur. Mais il n'a pas de connaissances politiques. Il n'a aucune idée de ce qu'est l'impérialisme ou le nationalisme. C'est pour ça que les puissances occidentales l'ont récupéré. C'était le maillon faible des tribunaux islamiques. Il préside aujourd'hui un faux gouvernement, créé à Djibouti. Qui n'a aucune base sociale ni autorité en Somalie. Il existe seulement sur la scène internationale parce que les puissances impérialistes le soutiennent. En Afghanistan, les Etats-Unis se disent prêts à négocier avec des talibans. Pourquoi ne cherchent-ils pas à dialoguer avec les groupes islamiques en Somalie ? Parce que ces groupes veulent renverser l'occupant étranger et permettre une réconciliation nationale du peuple somalien. Du coup, les Etats-Unis veulent briser ces groupes, car une réconciliation - que ce soit à travers les mouvements islamiques ou à travers le gouvernement de transition - n'est pas dans l'intérêt des forces impérialistes. Elles veulent juste le chaos. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, ce chaos s'étend aussi à l'Ethiopie, très faible depuis l'agression de 2007. Un mouvement de résistance nationale y a vu le jour en lutte contre le gouvernement pro-impérialiste d'Addis Abeba. Avec leur théorie du chaos, les Etats-Unis ont en fait créé des problèmes dans toute la région. Et maintenant, ils s'en prennent à l'Erythrée. Pourquoi? Ce petit pays mène une politique nationale indépendante. L'Erythrée a aussi une vision pour toute la région : la corne de l'Afrique (Somalie, Djibouti, Ethiopie, Erythrée) n'a pas besoin de l'ingérence des puissances étrangères, ses richesses doivent lui permettre d'établir de nouvelles relations économiques basées sur un respect mutuel. Pour l'Erythrée, cette région doit se prendre en mains et ses membres doivent pouvoir discuter de leurs problèmes. Bien évidemment, cette politique effraie les Etats-Unis qui craignent que d'autres pays suivent cet exemple. Alors, ils accusent l'Erythrée d'envoyer des armes en Somalie et de fomenter des troubles en Ethiopie. Selon vous, l'Erythrée n'envoie pas d'armes en Somalie ? Pas même une cartouche ! C'est de la pure propagande, comme celle qu'on mena contre la Syrie à propos de la résistance irakienne. La vision de l'Erythrée rejoint le projet de révolution de l'Océan Indien que nous évoquions plus haut. Les puissances occidentales n'en veulent pas et souhaitent ramener l'Erythrée dans le cercle des Etats néocoloniaux sous contrôle, tels que le Kenya, l'Ethiopie ou l'Ouganda. N'y a-t-il pas de terroristes en Somalie ? Les puissances impériales présentent toujours comme terroristes les peuples qui luttent pour leurs droits. Les Irlandais étaient des terroristes jusqu'à ce qu'ils signent un accord. Abbas était un terroriste. Maintenant, c'est un ami. On parle pourtant d'une présence d'Al Qaeda ? Al Qaeda est partout, de la Belgique à l'Australie ! Cet Al Qaeda invisible est un logo destiné à justifier auprès de l'opinion publique des opérations militaires. Si les Etats-Unis disaient à leurs citoyens et soldats : « Nous allons envoyer nos troupes dans l'Océan Indien pour éventuellement combattre la Chine », les gens auraient peur bien entendu. Mais s'ils disent qu'il s'agit de combattre des pirates et Al Qaeda, cela ne pose pas de problèmes. En réalité, le véritable objectif est tout autre. Il consiste à installer des forces dans la région de l'Océan Indien qui sera le théâtre de conflits majeurs des années à venir. C'est ce que nous analyserons dans le chapitre suivant... AUTEUR: Grégoire LALIEU & Michel COLLON
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