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Afghanistan: Il faut enquêter sur tous les cas récemment révélés d’incidents impliquant des victimes

Les fuites de documents militaires ont mis en exergue le nombre massif de victimes civiles causées par les forces armées des États-Unis, de l’OTAN et des Talibans

Une maison gravement endommagée par des frappes aériennes ayant touché le village d'Azizabad dans la province d'Hérat en Afghanistan, en août 2008.

(New York, le 26 juillet 2010) - Les États-Unis et les forces armées de l'OTAN devraient s'accorder sans délais pour enquêter sur tous les incidents impliquant des victimes civiles en Afghanistan, des affaires confidentielles qui ont été révélées suite aux fuites de documents militaires américains dans les médias le 25 juillet 2010, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.

Les premiers comptes-rendus des médias suggèrent que les 90 000 documents environ qui ont été divulgués contiennent des informations relatives à des incidents impliquant des civils tués ou blessés au cours d'opérations militaires, incidents qui n'avaient jusqu'alors jamais été reconnus publiquement par les États-Unis ou les forces de l'OTAN. L'analyse préliminaire effectuée par Human Rights Watch des données concernant des incidents sur lesquels l'organisation avait déjà enquêté indique que les États-Unis ont minimisé les pertes civiles causées par son armée ainsi que par les forces de l'OTAN, à cause de l'inexactitude des informations figurant dans les premiers comptes-rendus d'opérations, et ont mis beaucoup de temps à corriger ces informations.

« Les documents divulgués montrent que les États-Unis et les responsables de l'OTAN ne devraient pas se fier aux premiers comptes-rendus en ce qui concerne les pertes civiles », a déclaré Rachel Reid, chercheuse chargée de l'Afghanistan chez Human Rights Watch. « S'engager à enquêter sur les victimes civiles n'a de sens que si les erreurs commises initialement sur le terrain sont corrigées, et non intégrées aux rapports officiels. »

Les documents qui concernent des incidents survenus en Afghanistan sur lesquels Human Rights Watch avait enquêté indiquent que l'armée commet des erreurs en collectant les données, ce qui affecte sa communication publique sur les victimes civiles. Les responsables des armées américaine et de l'OTAN ont pu s'appuyer sur les "rapports sur le tas" dont de nombreux exemples comptent parmi les documents divulgués - des comptes-rendus du champ de bataille établis sur le terrain par des chefs militaires - pour rejeter des rapports plus exacts sur les victimes civiles. Après un raid aérien mené en août 2008 sur Azizabad, dans la province d'Hérat, les États-Unis et l'OTAN ont d'abord fait état de cinq à sept morts seulement parmi les civils, un chiffre mentionné dans des comptes-rendus de terrain qui figuraient parmi les documents divulgués. Ils ont publiquement démenti le résultat d'enquêtes indépendantes menées par les Nations Unies, le gouvernement afghan et la Commission indépendante afghane des droits de l'Homme, qui concluaient que 78 à 92 civils avaient été tués à Azizabad, parmi lesquels une majorité de femmes et d'enfants.  Ce n'est que bien plus tard que les États-Unis ont revu leur estimation initiale pour annoncer que 33 civils avaient été tués, chiffre que Human Rights Watch considère encore comme en dessous de la réalité.

À Azizabad, les États-Unis ont également affirmé que les frappes aériennes avaient permis d'abattre une cible militaire, le commandant taliban Mollah Sadiq. En analysant les documents divulgués, Human Rights Watch a découvert de nombreuses références à un chef taliban nommé Mollah Sadiq qui aurait opéré dans cette région dans les mois qui ont suivi le raid, notamment en octobre, novembre et décembre 2008. Human Rights Watch avait déjà appelé le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, à rendre public les résultats de l'enquête confidentielle menée sur cet incident, y compris les informations disponibles sur la le devenir de Mollah Sadiq.

 

« Les données divulguées soulignent une nouvelle fois la tragédie du bombardement d'Azizabad, mais montrent que de nombreuses questions restent sans réponse », a déclaré Rachel Reid. « La nécessité d'enquêter sur cet incident ainsi que sur d'autres est évidente. »

 

Lors d'un autre incident, les comptes-rendus de terrain de l'armée américaine ont fait état de seuls blessés parmi les civils au cours d'échanges de tirs et de frappes aériennes intensives à Bala Baluk, dans la province de Farah, en mai 2009.  Les premières déclarations publiques des autorités américaines sur cet incident ont une nouvelle fois minimisé les pertes civiles, et elles ont plus tard démenti les rapports des Nations Unies et de la Commission indépendante afghane des droits de l'Homme établissant que 80 civils avaient été tués. Ce n'est que des semaines plus tard que les enquêteurs américains ont conclu que plus de 26 civils pouvaient avoir été tués.

 

En réponse aux inquiétudes croissantes suscitées par la question des pertes civiles, les États-Unis et les forces de l'OTAN ont annoncé une série de changement dans leurs orientations opérationnelles, y compris dans les "directives tactiques" adressées aux forces sur le terrain, en septembre 2008, décembre 2008, juillet 2009 et janvier 2010. Human Rights Watch a salué ces changements visant à réduire le nombre de victimes civiles. Il s'agissait notamment de fixer des conditions plus strictes pour autoriser le recours aux attaques aériennes et aux tristement célèbres raids nocturnes, de demander des enquêtes transparentes et immédiates en cas de dommages causés à des civils, et de garantir qu'il ne soit pas permis de démentir des pertes civiles dans les médias avant qu'une enquête n'ait été menée. Les directives semblent avoir permis de réduire le nombre de victimes civiles causées par les frappes aériennes en 2009 et 2010, bien qu'elles fassent toujours de nombreux morts et que le  recours aux raids nocturnes soit plus fréquent depuis le renforcement des troupes.

Les États-Unis et l'OTAN ont laissé entendre que les problèmes révélés par les documents divulgués, qui couvrent une période allant jusqu'à décembre 2009, ont été résolus par les récents changements opérationnels. Cependant, Human Rights Watch a constaté que les États-Unis ont persisté dans un certain nombre de cas à bafouer la directive de septembre 2008 qui impose que les incidents impliquant des victimes civiles fassent l'objet d'investigations transparentes. Human Rights Watch a enquêté sur un incident survenu en mai 2010 dans la province de Nangarhar, dans l'est de Afghanistan : neuf civils avaient été tués lors d'un raid nocturne mené par l'armée américaine. À l'heure actuelle, les États-Unis n'ont pas encore enquêté sur cette incident, et les autorités réfutent les déclarations des familles et du gouvernement afghan faisant état de morts parmi les civils. Deux hommes ont été détenus pendant cinq jours après le raid, mais ils ont été relâchés sans être interrogés. Le Colonel Wayne Shanks, porte-parole des forces américaines en Afghanistan, a affirmé le 26 juillet à Human Rights Watch qu'un sous-commandant taliban nommé Mollah Shamsuddin avait été abattu lors du raid. Le Général Mohammad Mirza Yarmand, chef du Département des enquêtes criminelles du Ministère de l'Intérieur afghan, qui a dirigé les investigations menées par le gouvernement, a rapporté à Human Rights Watch les propos des habitants selon lesquels l'armée américaine avait probablement confondu Mollah Shamsuddin avec un étudiant nommé Shamsurrahman, qui a été tué lors du raid. Human Rights Watch a pressé l'armée américaine de mener immédiatement une enquête complète et transparente sur cet incident.

« Ignorer les plaintes des familles des défunts et du gouvernement afghan ne fait qu'aggraver l'indignation ressentie par les Afghans quand des civils sont tués", selon Reid.  "L'armée américaine doit enquêter sur les incidents impliquant des victimes civiles, et si des fautes sont découvertes, elle doit exiger des comptes de tous ceux qui en sont les auteurs. »

 

Les données divulguées montrent également qu'un grand nombre des incidents impliquant des pertes civiles ont été causés par les Talibans et les autres groupes rebelles. Les enquêtes des Nations Unies ont montré qu'en 2009, les "éléments anti-gouvernementaux" étaient responsables de deux tiers des décès de civils, soit 1630 morts sur un total de 2412. Human Rights Watch dénonce depuis longtemps les attaques délibérées et arbitraires menées par les Talibans et les autres groupes rebelles contre les civils, ainsi que l'utilisation de ces derniers comme boucliers humains en violation du droit de la guerre.
Juillet 26, 2010 / Human Rights Watch
29.7.10 23:53


La transhumance du pauvre

Il va de ville en ville
De rue en rue
De banc en banc
Dans l’espoir de trouver
Enfin son petit coin de paradis.

Il a soif de vie et de reconnaissance.
Il quête plus les regards bienveillants
Que l’argent des quidams qui passent
Sans bouger l’œil ou l’âme
Détournant leur conscience vers le néant.

Pauvre bougre abandonné par les siens
Lâché sans remord par la société
Il erre ne sachant ou se fixer.
Voyageur des quatre saisons
Il n’est plus qu’un reproche permanent
Envers ceux qui le haïssent
Et le chassent de leurs décors factices.
Il est le reflet de leur égoïsme.

Sous le mépris des belles âmes
Des dames bien mises
Et des hommes raides de conformisme
Il ne lui reste que le vin
Où son âme aime à se diluer.
Sa bouteille, au moins
Ni ne le juge, ni ne le condamne.
L’ivresse le libère de l’insolence
D’une foule qui n’a que faire du pauvre.

Il rêve d’une autre transhumance
Celle qui le mènera aux verts pâturages
D’un monde sans loi ni argent
D’un univers parmi les étoiles
Loin de ce monde d’orgueil
De nantis et de pharisiens.

Il rêve de se retrouver
Dans quelque journal
Lorsqu’on l’aura retrouvé
Au fond d’un canal
Ou se balançant au bout
D’une corde libératrice.

Pour une fois, même brièvement
On saura qu’il a existé
On saura qu’il a aimé
Qu’il a chanté et souffert
Qu’il fut un homme
Un pauvre, un marginal
Qui par acte de décence
A quitté ce monde
Qui jamais n’a su l’aimer…

---

© Jean Dornac
Paris, le 8 juillet 2010

couleurs-poésies

27 juillet 2010 / Altermonde-levillage

29.7.10 23:50


Un milliard de personnes s'endorment affamés, dans le monde

Se référant aux plus récents rapports statistiques, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a annoncé que toutes les nuits, un milliard de personnes, dans le monde, s'endorment affamés.Cité par l'agence Xinhua, FAO estime que cette question fait de sérieux obstacles, aux efforts visant à la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), qui, entre autres, consistent à réduire à 50%, le problème de la faim, dans le monde. Une exposition sur la crise de la faim est ouverte, depuis ce mercredi, au siège de FAO, à New York. Dans une nouvelle initiative, certains stars et joueurs de football ont signé une pétition, demandant aux dirigeants de différents pays, de faire intégrer, dans leurs priorités, la lutte contre la faim. Cette lettre devra être envoyée en automne, aux dirigeants de divers pays du monde.

alterinfo

29.7.10 23:37


« Fallujah, c’est pire qu’Hiroshima »

Je viens juste de regarder une rediffusion d’une émission d’Al-Jazeera préparée par Ahmad Mansour - une entrevue avec le professeur Chris Busby. Le professeur Chris Bubsy est un scientifique et le directeur de Green Audit, et secrétaire scientifique du comité européen sur les risques liés aux radiations [European Committee on Radiation Risks].

Le professeur Busby a publié beaucoup d’articles sur les radiations, l’uranium et la contamination dans des pays tels que le Liban, le Kosovo, Gaza et naturellement l’Irak.

Je vais me focaliser ici sur ses dernières découvertes qui étaient le sujet du programme diffusé sur Al-Jazeera.

Comme certains d’entre vous le savent, Fallujah est une ville interdite. Elle a été soumise à d’intenses bombardements en 2004, avec des bombes enrichies à l’uranium [DU] et au phosphore blanc, et depuis elle est devenue zone interdite - ce qui signifie que les autorités fantoches irakiennes et les forces d’invasion/d’occupation des États-Unis ne permettent à personne d’entreprendre une véritable étude dans Fallujah. Fondamentalement, Fallujah est sous état de siège.

Il est évident que les Américains et les Irakiens savent quelque chose et le cachent au public. Et c’est là qu’entre en scène le professeur Chris Busby. Il était et est toujours résolu à aller au fond de ce qui s’est passé dans Fallujah en 2004.

Étant un des premiers scientifiques dans son domaine, il s’est lancé dans une étude sur Fallujah dont les résultats préliminaires seront publiés dans 2 semaines - si tout se passe bien.

Le professeur Busby a rencontré beaucoup d’obstacles alors qu’il entreprenait ce projet. Ni lui ni personne de son équipe n’a été autorisé à entrer dans Fallujah pour y conduire des entretiens. Mais, dit-il, quand la porte principale se ferme, il faut trouver d’autres portes à ouvrir. Et c’est ce qu’il a fait. Il est parvenu à réunir une équipe d’Irakiens de Fallujah afin que ceux-ci mènent les enquêtes pour lui.

Le projet de recherche s’appuie sur 721 familles de Fallujah, ce qui représente 4500 participants - vivant aussi bien dans des zones à niveau élevé de rayonnement que dans des zones à bas niveau. Les résultats ont été comparés avec un groupe de contrôle - un échantillon du même nombre de familles vivant dans une zone non radioactive dans d’autres pays arabes. Pour les besoins de l’étude ont été choisis trois autres pays pour la comparaison : le Kowéit, l’Egypte et la Jordanie.

Avant d’aborder les résultats préliminaires, je dois noter ce qui suit :

- Les autorités irakiennes ont menacé tous les participants de cette enquête d’arrestation et de détention si elles coopéraient avec les « terroristes » qui les interviewaient. En d’autres termes, elles ont été menacées d’être sous le coup de la loi anti-terroriste.

- Les forces des États-Unis ont interdit au Dr. Busby de recueillir n’importe quelle donnée, arguant du fait que Fallujah est une zone insurrectionnelle.

- Les médecins de Fallujah ont décliné la demande de passer dans le programme télévisé d’Ahmad Mansour parce qu’ils avaient reçu plusieurs menaces de mort et craignaient pour leurs vies.

En d’autres termes, l’étude a été entreprise dans des conditions très difficiles et représentant un danger pour la vie [des participants]. Mais elle a néanmoins été menée à bien.

Comme le programme n’a pas été téléchargé sur Youtube, je ne peux pas donner de transcription mot-à-mot de l’émission. J’ai pris des notes rapides à la main et mémorisé le reste. Mais je ferai de mon mieux pour présenter tous les faits que j’ai appris aujourd’hui.

Qu’est-ce donc que les Etats-Unis et leurs marionnettes irakiennes ne veulent pas que le public sache ? Et pourquoi ne permettent-ils aucune mesure des niveaux du radiation dans Fallujah, et pourquoi ont-ils même interdit à l’AIEA [nternational Atomic Energy Agency] d’entrer dans la ville ?

Que s’est-il exactement passé dans Fallujah ? Quels étaient les types de bombes utilisées ? Était-ce uniquement des bombes à l’uranium ou y avait-il encore quelque chose d’autre ?

1) Une chose qui est très impressionnante dans Fallujah est que les taux de cancer ont nettement augmenté dans un très court laps de temps, en fait depuis 2004. Voici des exemples fournis par le Dr. Busby :

- le taux de leucémie d’enfant est de 40 fois plus élevé, depuis 2004, que pendant les années qui précédent. Et comparé à la Jordanie, par exemple, ce taux est de 38 fois plus élevé
- le taux de cancer du sein est 10 fois supérieur à ce qu’il était avant 2004
- le taux de cancer du système lymphatique est de 10 fois supérieur à ce qu’il était avant 2004.

2) Une autre particularité à Fallujah est l’élévation dramatique du taux de mortalité infantile. Comparé à 2 autres pays arabes comme le Kowéit et l’Egypte qui ne sont pas affectés par les radiations, voici les chiffres :

- le taux de mortalité infantile pour Fallujah est 80 enfants en bas âge sur 1000 naissances (80 pour 1000), alors que pour le Kowéit ce taux est de 9 enfants en bas âge sur 1000, et pour l’Egypte de 19 enfants en bas âge sur 1000. (Donc le taux de mortalité infantile en Irak est 4 fois plus élevé qu’en Egypte et 9 fois plus élevé qu’au Kowéit.)

3) La troisième particularité à Fallujah est le nombre de déformations d’origine génétique qui a explosé après 2004. C’est un sujet que j’ai déjà traité dans le passé. Mais ce n’était pas une étude complète, et aujourd’hui j’ai appris autre chose. Les rayonnements produits par un agent qui a été employé par « les forces de libération » causent non seulement de très nombreux défauts d’origine génétique mais provoque également, et c’est très important, des changements structurels au niveau cellulaire.

Quelles en sont les conséquences ?

- En raison du code génétique des enfants en bas âge de sexe masculin (manque de chromosome X), ceux-ci risquent plus de mourir à la naissance, et les enfants en bas âge de sexe féminin ont plus de chance de survivre à la naissance avec de fortes déformations. Et ici un autre exemple est fourni par le Dr. Busby : avant 2003 les taux de natalité dans Fallujah étaient comme suit : 1050 enfants de sexe masculin pour 1000 enfants de sexe féminin. En 2005, il y a eu la naissance de seulement 350 enfants de sexe masculin pour 1000 bébés de sexe féminin - ce qui signifie que les bébés de sexe masculin ne survivent pas.

- Quant aux bébés de sexe féminin, et c’est là que se trouve le pire de la tragédie... les radiations provoquent des changements au niveau de l’ADN, ce qui signifie que ces même enfants de sexe féminin, s’ils survivent et s’ils se reproduisent plus tard, donneront naissance à des filles génétiquement déformées et à des bébés de sexe masculin morts-nés.

- Les résultats mentionnés ci-dessus sont corrélés par d’autres études menées sur les enfants des enfants des survivants d’Hiroshima (en 2007) et qui prouvent que même la troisième génération affiche des malformations génétiques comprenant des maladies chroniques (cancer, coeur, etc...) à un taux 50 fois supérieur à la normale. À Chernobyl, d’autre part, les études sur des animaux de la même zone ont prouvé que les effets des rayonnements ont génétiquement modifié 22 générations. En somme les effets des rayonnements sont transmis de gène en gène et ont un effet cumulatif avec le temps (je n’entrerai ici pas dans le détail sur la façon dont cela se réalise. Vous pourrez lire plus d’explications à ce sujet une fois que le document du Dr. Busby sera édité.

- Certaines des déformations infantiles sont si terribles qu’Al-Jazeera et la BBC - qui a produit un documentaire sur le même sujet - ont refusé de diffuser certaines images. Les exemples de malformations dont les photos sont en la possession d’Ahmad Mansour sont :
*des enfants nés sans yeux
*des enfants avec deux et trois têtes
*des enfants nés sans orifices
*des enfants nés avec des tumeurs malignes au cerveau et à la rétine de l’oeil
*des enfants nés avec l’absence d’organes vitaux
*des enfants nés avec des membres manquants ou en trop
*des enfants nés sans parties génitales
*des enfants nés avec de graves malformations cardiaques.

Etc ...

- Sur ces mêmes aspects, les médecins de Fallujah ont été invités pour les besoins de l’étude à noter les taux de malformations à la naissance en l’espace d’un mois et de comparer les chiffres avec le mois qui a précédé. Voici les résultats : en l’espace d’un seul mois, les seules naissances avec malformations dans le mois courant ont augmenté de 3 par rapport au mois qui précède (le mois courant indiqué pour l’étude était février 2010).

- L’uranium est introduit dans le sang par la digestion et la respiration. Les quantités extrêmement élevées d’uranium auxquelles les gens de Fallujah ont été soumis expliquent l’élévation vertigineuse des cancers des ganglions, des poumons, des seins et du système lymphatique chez les adultes.

- Il y a 40 autres secteurs fortement irradiés en Irak, mais Fallujah est LE PIRE DE TOUS.

Rien qu’avec ces résultats préliminaires, le Dr. Busby et son équipe en ont conclu que par rapport à Hiroshima et à Nagazaki, Fallujah était pire. Et je cite de Dr. Busby : « La situation dans Fallujah est effrayante et affreuse, c’est encore plus dangereux et pire qu’à Hiroshima... »

J’ai noté que ce sont des résultats préliminaires. Pourquoi ai-je noté cela ?

Parce que le Dr. Busby a été harcelé. Il a vu se réduire ses fonds pour la recherches, et des portes se sont fermées sous sous nez. Il a été menacé (comme l’ont été d’autres scientifiques qui ont conduit des études semblables dans les années 90 en Irak), abandonné par la communauté scientifique, attaqué — en raison de la nature de son travail sur l’Irak. Les implications politiques sont énormes et dangereuses pour les Etats-Unis et leurs seconds couteaux. Cela montre bien que la preuve scientifique que des crimes de guerre ont été commis se trouve vraiment ici à portée de main ...

En conséquence, la vie du Dr. Busby a été rendue très difficile. La publication sur les travaux de recherche pour lesquels il a énormément travaillé, a été envoyée au Lancet afin d’être soumise au comité scientifique de la revue. Le Lancet a retourné le projet d’article, disant ne pas avoir le temps de l’étudier. Des laboratoires ayant coopéré dans le passé pour examiner des échantillons les ont cette fois-ci retournés après avoir découvert que ces échantillons venaient d’Irak. Seuls 2 laboratoires sont disposés à examiner les mêmes échantillons pour trouver l’agent exact utilisé dans Fallujah - mais ils sont prêts à le faire uniquement à un prix tout à fait exorbitant à cause de la nature sensible de l’étude. Mais en raison du manque d’argent, le Dr. Busby attend les fonds nécessaires pour faire analyser une vingtaine d’échantillons provenant de Falluja et qu’il conserve soigneusement .

Questionné par Ahmad Mansour sur ce qui l’incitait à persévérer, quand on considère tous les obstacles formidables qu’il a été obligé de surmonter, sa réponse a été :

« Toute ma vie, j’ai cherché la vérité, je suis un chasseur de la vérité dans une jungle de mensonges. J’ai également des enfants. Les enfants sont non seulement notre futur, ils sont les porteurs des générations futures. Depuis 50 ans nous avons souillé la planète (avec les radiations) et nous faisons supporter cet héritage à nos enfants et petits enfants. Nous avons l’obligation pour les gens de Fallujah de découvrir la vérité. »

Interrogé sur la façon dont il peut poursuivre ses travaux sans financement et face à des portes se fermant devant lui, il a répondu :

« Je compte sur la bonne volonté de personnes ici et là qui envoient de petites sommes d’argent, et je suis également fermement persuadé que si la porte principale se ferme, il faut en ouvrir d’autres. Quand il y a une volonté, il y a toujours un chemin. »

Chapeaux bas devant vous ! Professeur Busby...

J’incite toutes les personnes lisant ce courrier, toutes les personnes de conscience, je pousse tous les Irakiens (réagissez ! pour l’amour de Dieu !) et tous les Arabes à prendre contact avec le Dr. Busby et faire une donation afin que les échantillons provenant de Fallujah puissent être examinés et que la vérité puisse être découverte. Et je finirai ce courrier avec une dernière citation de ce grand homme dévoué :

« La vérité a des ailes qui ne peuvent être coupées. »

Je dois m’arrêter ici. C’est déjà le matin et je n’ai pas encore dormi. J’ai voulu transmettre tout cela au monde... La question que je vais garder avec moi — si jamais je peux fermer l’oeil — est la même question que celle que j’ai toujours posée depuis 2003 : « Pourquoi ? Qu’est-ce que le peuple irakien, qu’est-ce que les enfants irakiens vous ont fait pour mériter tout cela ? »

Layla Anwar
arabwomanblues.blogspot.com
Le 2 juillet 2010.

video

Texte original en anglais (02.07.2010) :
http://arabwomanblues.blogspot.com/2010/07/falluja-worse-than-hiroshima.html


Traduit de l’anglais par Claude Zurbach (24.07.2010) :
http://www.info-palestine.net/article.php3 ?id_article=9137

Publié également sur le site de Silvia Cattori : http://www.silviacattori.net/article1294.html


 

Mondialisation.ca, Le 25 juillet 2010
28.7.10 23:59


Afghanistan : l’occupation révélée dans toute sa cruauté

Une fuite majeure dans les services secrets des Etats-Unis révèle au monde le vrai visage de l’occupation de l’Afghanistan par l’OTAN : massacres de civils, utilisation massive de drones, escadrons de la mort... Un bourbier sanglant dont le peuple afghan est le premier à souffrir.

Nick Davies et David Leigh - The Guardian

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Blessé Afghan après les tirs indiscriminés américains - Photo : Al Jazeera

Un fonds énorme de dossiers militaires secrets aux Etats-Unis fait aujourd’hui un portrait dévastateur de la guerre en échec en Afghanistan, indiquant comment les forces de coalition ont tué des centaines de civils dans des incidents non rapportés, comment les attaques des Talibans ont monté en puissance et combien les commandants de l’OTAN craignent que le Pakistan et l’Iran voisins n’alimentent l’insurrection.

Les révélations proviennent de plus de 90 000 enregistrements d’incidents et de rapports de renseignements se rapportant au conflit et obtenus par le [site Web Wikileaks-http://wikileaks.org] grâce à ce qui est une des plus grandes fuites dans l’histoire militaire des Etats-Unis. Les dossiers, qui ont été mis à disposition du Guardian, du New York Times et de l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, font un exposé au coup par coup des combats au cours des six dernières années, lesquels ont jusqu’à aujourd’hui coûté la vie à plus de 320 soldats britanniques et à plus de 1000 soldats des Etats-Unis.

Leur publication survient alors que se manifeste une préoccupation grandissante que la stratégie « d’escalade » [surge] de Barack Obama n’échoue, et alors que les troupes de la coalition recherchent activement deux militaires de la marine US capturés par les Talibans au sud de Kaboul vendredi [23 juillet].

Les enregistrements détaillent également :

-  comment une unité « noire » secrète des forces spéciales [escadrons de la mort] pourchasse les chefs talibans pour les « assassiner ou les capturer » sans autre forme de procès
-  comment les Etats-Unis ont dissimulé les preuves que les Talibans ont acquis des missiles sol-air mortels
-  comment la coalition emploie de plus en plus les meurtriers avions sans pilote [drones], télécommandés depuis une base au Nevada, pour poursuivre et tuer les Talibans pris pour cible
-  Comment les Taliban ont causé des carnages de plus en plus importants avec une utilisation massive de dispositifs explosifs au bord des routes qui ont tué jusqu’à aujourd’hui plus de 2000 civils.

Dans un communiqué, la Maison Blanche affirme que le tableau chaotique peint par les enregistrements était le résultat d’un « défaut de recrutement » à l’époque du prédécesseur d’Obama, ajoutant : « Il est important de noter que la période de temps traitée dans les documents va de janvier 2004 à décembre 2009. »

La Maison Blanche a également critiqué la publication des dossiers par Wikileaks : « Nous condamnons vigoureusement la révélation d’informations classifiées par des individus et des organisations, qui mettent en danger les vies des personnels des Etats-Unis et de leurs associés et menacent notre sécurité nationale. Wikileaks n’a fait aucun effort pour contacter le gouvernement des Etats-Unis au sujet de ces documents, lesquels peuvent contenir des informations qui mettent en danger les vies des Américains, de nos associés, et des populations locales qui collaborent avec nous. »

Les enregistrements détaillent, avec des notations parfois horribles, le total précis d’incidents avec des civils et impliquant les forces de le coalition : des événements qualifiés de « bleu sur blanc » en jargon militaire. Les enregistrement révèlent 144 incidents de ce type.

Une partie de ces morts de civils résulte des attaques aériennes controversées qui ont provoqué des protestations du côté du gouvernement afghan, mais un grand nombre des ces incidents, auparavant inconnus, semblent aussi être dû à des troupes tirant sur des conducteurs désarmés ou sur des motocyclistes, par crainte des attaques-suicide.

Sont comptabilisés au total au moins 195 civils tués et 174 blessés, mais cela est sans doute sous-estimé car de nombreux incidents sont omis des comptes-rendus quotidiens faits par les troupes au sol et puis rassemblés, parfois sans ordre précis, par les analystes des services militaires de renseignement.

Les troupes françaises aussi...

Les erreurs sanglantes aux dépends des civils, telles qu’enregistrées dans les documents, impliquent les troupes françaises qui un jour de 2008 ont mitraillé un autobus rempli d’enfants, en blessant huit d’entre eux.

Une patrouille des Etats-Unis a pareillement mitraillé un autobus, blessant ou tuant 15 de ses passagers, et en 2007 des troupes polonaises ont tiré au mortier sur un village, tuant une noce, dont une femme enceinte, dans ce qui était apparemment une attaque de pure vengeance.

Figurent également des tirs contestables sur des civils par les troupes britanniques. Les rédacteurs des documents détaillent une fréquence inhabituelle de quatre séquences de tirs britanniques dans Kaboul en l’espace à peine d’un mois, en octobre et novembre 2007, avec pour résultat la mort du fils d’un général afghan. A propos d’un des tirs, il est écrit : « Enquête commandée par les Anglais. Nous ne pouvons pas obtenir [sic] le récit complet. »

Une seconde série de tirs identiques, tous impliquant des commandos de la marine royale dans la province de Helmand, a eu lieu en l’espace de 6 mois à la fin de 2008, selon les documents. Interrogé par le Guardian sur ces allégations, le ministère de la Défense a répondu : « Nous n’avons pas pu corroborer ces informations dans le bref temps disponible et il serait inadéquat de spéculer sur des cas spécifiques sans davantage de vérification des actions alléguées [un sommet dans la langue de bois - N.d.T.] »

Rachel Reid, qui étudie les pertes civiles en Afghanistan pour Human Rights Watch, a déclaré : « Ces dossiers mettent en évidence ce qui est une tendance tout à fait délibérée des Etats-Unis et des forces de l’OTAN : la dissimulation du nombre de civils touchés. En dépit de nombreuses directives à visée tactique demandant des enquêtes transparentes quand des civils sont tués ou blessés, il y a eu des incidents que j’ai étudiés ces derniers mois où ceci n’est toujours pas le cas. La responsabilité, ce n’est pas simplement quelque chose que vous faites quand vous êtes attrapés. Cela devrait faire partie de la manière dont les Etats-Unis et l’OTAN se comportent en Afghanistan chaque fois qu’ils tuent ou blessent des civils. »

Les rapports, dont beaucoup sont publiés en ligne in extenso par le Guardian, font un compte-rendu sans fard et souvent choquant de la réalité de la guerre moderne.

La majeure partie de ce matériel, bien que classé « secret », n’est plus militairement sensible. Peu d’informations ont été extraites de leur publication parce que cela pourrait mettre en danger les informateurs locaux ou dévoiler de vrais secrets militaires. Wikileaks - dont le fondateur Julian Assange a obtenu les documents dans des circonstances dont il ne dira rien - a indiqué qu’il reformulerait les documents posant problème avant de placer l’essentiel des données sur ses serveurs « que l’ont ne peut censurer ».

Wikileaks a édité en avril de cette année une vidéo précédemment classifiée montrant des hélicoptères Apache américains tuant deux cameraman de Reuters dans les rues de Bagdad. Cette vidéo a soulevé une attention internationale. Un analyste des services de renseignements, Bradley Manning, âgé de 22 ans, a été arrêté en Irak et accusé d’avoir livré la vidéo, mais non pas la dernière série de documents. Le département des enquêtes criminelles du Pentagone continue de vouloir identifier les fuites et a demandé récemment à Assange, mais sans succès, de pouvoir le rencontrer en dehors des Etats-Unis afin qu’il les aide.

Assange a permis au Guardian d’examiner les documents à notre demande. Aucun honoraire n’était demandé et Wikileaks n’a pas été impliqué dans la préparation des articles par le Guardian.

Consultez également :

-  Du bon usage des fuites - 27 juillet 2010
-  D’anciens GIs écrivent une lettre ouverte au peuple irakien - 5 mai 2010

 28 juillet 2010 - Info-palestine

28.7.10 23:56


Au-delà de la violence et de la non-violence : la Résistance comme Culture

A résistance ne consiste pas en une bande d’hommes armés, déterminés à faire des ravages. Ce n’est pas une cellule de terroristes complotant sur les façons de faire exploser des bâtiments. La résistance véritable est une culture. C’est une réplique collective à l’oppression, écrit Ramzy Baroud.


Ces enfants participent à la culture même de la résistance que la bande de Gaza a connue au cours des six dernières décennies.


La compréhension de la vraie nature de la résistance, n'est cependant pas une chose aisée. Aucun flash d'information ne pourrait être assez complet pour expliquer pourquoi des gens en tant que peuple, résistent. Même si une tâche si difficile était possible, les médias pourraient ne pas vouloir la faire connaître, car cela s'opposerait frontalement aux interprétations habituelles concernant la résistance violente et non-violente. L'histoire de l'Afghanistan doit demeurer soumise au même vocabulaire : al-Qaeda et les Talibans. Le Liban doit être représenté en termes de Hizbullah menaçant et soutenu par l'Iran. Le Hamas en Palestine doit être pour toujours présenté comme groupe militant voué à la destruction de l'état juif. N'importe quelle tentative de proposer une lecture alternative est taxée de sympathie avec des terroristes et de justification de la violence.

Les amalgames et le mauvais usage délibéré de la terminologie ont rendu presque impossible la compréhension, et par conséquent la solution, de conflits sanglants.

Même ceux qui prétendent sympathiser avec des nations en résistance contribuent souvent à la confusion. Les militants des pays occidentaux tendent à suivre une compréhension scolaire de ce qui se produit en Palestine, en Irak, au Liban, et en Afghanistan. Ainsi certaines idées sont reproduites : les attaques-suicide c'est le mal, la résistance non-violente c'est le bien ; les fusées du Hamas sont mauvaises, mais les frondes sont bonnes ; la résistance armée c'est mal, des vigiles devant des bureaux de la Croix-Rouge c'est bien. Beaucoup de militants citeront Martin Luther King Jr., mais pas Malcolm X. Ils retiendront ce qui les arrange dans Gandhi, mais il ne sera jamais question de Guevara. Ce discours censément « stratégique » a volé beaucoup de ce qui pourrait être une précieuse compréhension de la résistance - à la fois comme concept et comme culture.

Entre le réductionnisme dominant voyant la résistance comme violente et terroriste et la défiguration « alternative » d'une expérience culturelle inspirée et impérieuse, la résistance comme culture est oubliée. Les deux définitions dominantes n'offrent rien de plus que d'étroites descriptions. Toutes les deux imposent presque toujours à ceux qui essayent de relayer le point de vue de la culture de résistance, de se placer sur la défensive. Aussi entendons-nous de façon répétée les mêmes antiennes : non, nous ne sommes pas des terroristes ; non, nous ne sommes pas violents, nous avons réellement une riche culture de résistance non-violente ; non, le Hamas n'est pas affilié avec al-Qaeda ; non, le Hizbullah n'est pas un agent iranien. Ironiquement, les auteurs, les intellectuels et les universitaires israéliens se compliquent beaucoup moins la vie que leurs contre-parties palestiniennes, les premiers essayant de défendre l'agression et les seconds défendant, ou essayent au moins d'expliquer leur résistance à l'agression. Également ironique est le fait qu'au lieu de vouloir comprendre pourquoi les gens résistent, beaucoup veulent surtout discuter des moyens de supprimer leur résistance.

Par résistance comme culture, je fais référence à l'explication d'Edouard Saïd de « la culture (comme) une manière de lutter contre l'extinction et l'effacement. » Quand les cultures résistent, elles ne planifie pas et ne jouent pas à la politique. Pas plus qu'elles ne brutalisent sadiquement. Leurs décisions de s'engager dans la lutte armée ou d'utiliser des méthodes non-violentes, de viser ou non des civils, de conspirer avec des éléments étrangers ou non soient toutes purement stratégiques. Elles ne sont pas décisives pour le concept de résistance lui-même. Mélanger ces deux approches est une preuve d'ignorance de plate manipulation.

Si la la résistance est « l'action de s'opposer à quelque chose que vous désapprouvez ou êtes en désaccord avec », alors une culture de résistance est ce qui se produit quand une culture entière prend cette décision collective pour s'opposer à cet élément non voulu - souvent une occupation étrangère. La décision n'est pas calculée. Elle est engendrée par un long processus dans lequel la conscience de soi-même, l'affirmation de soi, la tradition, les expériences collectives, les symboles et encore beaucoup plus de facteurs interagissent de manières spécifiques. Ceci peut être lié à la richesse des expériences antérieures de cette même culture, mais c'est avant tout un processus interne.

C'est un peu comme une réaction chimique, mais encore plus complexe puisqu'il n'est pas toujours facile de séparer ses éléments. Aussi ce processus n'est également pas facile à comprendre dans sa totalité, et, dans le cas d'une invasion par une armée étrangère, il ne disparaît pas facilement. C'est ainsi que j'ai essayé d'expliquer le premier soulèvement palestinien de 1987, que j'ai entièrement vécu de l'intérieur dans Gaza :

« Il n'est pas facile d'isoler les dates et les événements spécifiques qui suscitent des révolutions populaires. La véritable rébellion collective ne peut pas être rationalisée en une ligne cohérente traversant le temps et l'espace ; il s'agit plutôt d'un point culminant d'expériences qui unissent l'individu au collectif, de leur conscient et subconscient, de leurs rapports avec leurs environnements immédiats et avec ce qui n'est pas aussi immédiat, le tout se heurtant et éclatant dans une colère qui ne peut pas être effacée. » [My Father Was A Freedom Fighter : Gaza's Untold Story].

Les occupants étrangers ont tendance à lutter contre la résistance populaire par plusieurs moyens. On y inclut un montant variable de violence visant à désorienter, détruire puis reconstruire une nation à l'image voulue (lire Naomi Klein : The Shock Doctrine). Une autre stratégie consiste à affaiblir les éléments mêmes qui donnent à une culture son identité et sa force interne - et donc de désamorcer la capacité de la culture de résistance. Le premier moyen exige une puissance de feu, tandis que le second peut être atteint par des moyens de contrôle moins violents. Beaucoup de pays du « tiers monde » qui se targuent de leur souveraineté et de leur indépendance peuvent en fait être réellement sous occupation, mais en raison de leurs cultures fragmentées et dominées - à travers la mondialisation, par exemple - ils sont incapables de comprendre l'étendue de leur tragédie et de leur dépendance. D'autres, qui pourraient être effectivement occupés, possèdent souvent une culture de résistance qui rend impossible pour les occupants d'atteindre aucun de leurs objectifs voulus.

Dans la bande de Gaza, en Palestine, alors que les médias parle sans cesse de roquettes et de sécurité israélienne, et débatte de savoir qui est réellement responsable du fait que les Palestiniens soient retenus en otages dans la bande de Gaza, aucune attention n'est accordée aux petits enfants vivant dans des tentes face aux ruines de leurs maisons perdues dans le dernière attaque israélienne. Ces jeunes participent à la culture même de la résistance que la bande de Gaza a connue au cours des six dernières décennies. Dans leurs cahiers ils dessinent des combattants avec des armes, des enfants avec des frondes, des femmes avec des drapeaux, ainsi que des chars israéliens et des avions de chasse menaçants, des tombes parsemées du mot « martyre », et des maisons détruites. Tout au long, le mot « victoire » est constamment repris.

Quand j'étais en Irak, j'ai assisté à une version locale de dessins d'enfants. Et bien que je n'ai pas encore vu les cahiers des enfants afghans, je peux facilement imaginer leur contenu.

Ramzy Baroud (

info-palestine

21.7.10 23:37


Afghanistan, l’enlisement et l’aveuglement

C’est le 20 juillet que s’ouvrira à Kaboul la première conférence internationale en Afghanistan depuis le renversement du régime taliban en 2001.

 

« Le Conseil commun de coordination et de suivi (CCCS), qui rassemble des représentants des autorités afghanes et de l’ONU, a défini les domaines sur lesquels la réunion se focalisera : développement économique, gouvernance, sécurité et réconciliation, et coopération régionale. » (« Conférence internationale de Kaboul : une réunion préparatoire fixe les objectifs ». Cette réunion se tient alors que jamais depuis 2001 la situation n’a semblé aussi difficile sur le terrain, ce qui suscite des réticences grandissantes dans les opinions européenne et américaine.

Selon un sondage repris par LeFigaro.fr, « Afghanistan : les Américains divisés » (15 juillet 2010), « quelque 44 % d’Américains désapprouvent la façon dont leur président Barack Obama gère la situation en Afghanistan, un pourcentage en hausse depuis le printemps, selon le dernier sondage réalisé par la chaîne de télévision américaine CBS. Ils étaient 37 % à désapprouver sa politique en Afghanistan lors d’une précédente enquête d’opinion CBS datant de mai ».

« Quelque 43 % des individus interrogés continuent d’approuver la politique de M. Obama en Afghanistan (44 % en mai). Mais le pourcentage d’“indécis” sur la question se réduit à 13 %, contre 19 % en mai. Une majorité des sondés estime que la guerre va “plutôt mal” (41 %) ou "très mal" (21 %, contre 12 % en mai), tandis que seuls 29 % jugent que le conflit en Afghanistan se passe “plutôt bien” pour les Etats-Unis. »

Ce sondage a été réalisé quelques jours après le limogeage du commandant en chef des troupes américaines et de l’OTAN et son remplacement par David Petraeus, et alors que les pertes américaines ainsi que celles de l’OTAN n’ont jamais été aussi élevées depuis l’intervention américaine, qui a mis un terme au régime des talibans en octobre 2001. C’est désormais en Afghanistan qu’est concentré le principal contingent de troupes américaines au Proche-Orient, son nombre ayant dépassé celui des soldats présents en Irak.

Le président Obama remplit ainsi la promesse qu’il avait faite durant sa campagne présidentielle, quand il décrétait que l’Irak était une mauvaise guerre et l’Afghanistan la « bonne guerre ».

Mais les doutes sur cette stratégie n’arrêtent pas de croître et les Afghans interrogés ne cachent pas leur pessimisme.

The International Council on Security and Developement a publié le 16 juillet un rapport intitulé « Afghanistan : The Relationship Gap », dont les principales conclusions sont :

74 % des Afghans interrogés pensent qu’il ne faut pas collaborer avec les forces internationales ; 68 % ne croient pas que les forces de l’OTAN-ISAF les protègent ; 65 % souhaitent que le mollah Omar et les talibans soient intégrés au gouvernement ; 80 % pensent qu’Al-Qaida reviendra si les talibans s’emparent du pouvoir.

Norine MacDonald, président et principal chercheur de l’ICOS explique que « la communauté internationale échoue à répondre aux besoins de la population locale ou à comprendre leur vision du monde. Nous échouons à expliquer nos objectifs à la population afghane. Cela offre des possibilités à la propagande des talibans et d’Al-Qaida contre l’Occident et aboutit à des attitudes très négatives à l’égard de nos troupes sur le terrain ».

« 70 % des hommes afghans interrogés pensent que les opérations militaires dans les zones où ils habitent sont mauvaises pour le peuple afghan. 55 % pensent que l’OTAN-ISAF sont là pour des objectifs qui leur sont propres, détruire ou occuper le pays, détruire l’islam. 75 % pensent que les étrangers manquent de respect à l’égard de leur religion et de leurs traditions. 68 % pensent que les forces de l’OTAN ne protègent pas les populations locales. »

Mr Jorrit Kamminga, directeur des recherches à l’ICOS, ajoute : « 61 % des personnes interrogées pensent que, cette année, plus d’Afghans ont rallié les talibans que l’année dernière. (...) 70 % pensent que les officiels dans leur région s’enrichissent en faisant du trafic de drogue. Plus inquiétant, 64 % pensent que les responsables gouvernementaux sont liés aux talibans. »

Il existe toutefois, selon les auteurs du rapport, de « bonnes nouvelles ». 55 % des personnes interrogées estiment que l’OTAN et le gouvernement sont en train de gagner la guerre ; 40 % affirment que la démocratie est importante pour eux et 57 % sont favorables à l’éducation des filles.

L’organisation Oxfam, dans un rapport intitulé « Promises, promises... » (PDF, en anglais, disponible à partir du 19 juillet en français sur le site d’Oxfam France), dénonce elle aussi la politique de la soi-disant « communauté internationale ». Le communiqué qui accompagne ce rapport précise :

« Oxfam demande aujourd’hui aux dirigeants mondiaux présents à la conférence de Kaboul de s’attaquer aux causes responsables des crises de développement et humanitaires qui frappent l’Afghanistan et d’aider le peuple afghan à s’extraire de la pauvreté. »

« Alors que plus de 40 milliards de dollars ont été dépensés pour l’aide en Afghanistan ces neuf dernières années, des millions d’Afghans vivent toujours dans la pauvreté. L’insécurité n’a jamais été aussi élevée depuis la chute des Talibans et les bailleurs de fonds voient de plus en plus à court terme et favorisent les approches militaires. Les Etats-Unis, par exemple, ont considérablement réduit le financement de leurs activités humanitaires, alors que le budget américain pour les activités censées conquérir “les cœurs et les esprits” a augmenté de plus de 2 500 %. »

« Pour Ashley Jackson, responsable de plaidoyer d’Oxfam en Afghanistan : “de nombreux Afghans en ont assez des conférences pendant lesquelles des ministres du monde entier débattent sur l’avenir de leur pays pour finalement n’aboutir à aucun changement concret. Les Afghans veulent du travail. Ils veulent se sentir en sécurité quand ils marchent dans la rue. Ils veulent des médecins dans leurs hôpitaux et de bons professeurs dans leurs écoles. C’est maintenant qu’il faut agir - assez de promesses non-tenues et de rhétorique. Les besoins du peuple afghan doivent être une priorité.” »

« Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner avaient accueilli également une grande conférence internationale sur l’Afghanistan à Paris il y a maintenant plus de deux ans. Pour Nicolas Vercken, d’Oxfam France : “les résultats de la conférence de Paris, à l’instar des autres conférences internationales, ne sont toujours pas visibles sur le terrain. Lors de la conférence de Kaboul, la France doit plaider pour que l’aide soit effectivement distribuée en fonction des besoins, et non pas fortement biaisée en faveur des zones où la présence de troupes internationales est la plus importante. L’aide doit être mise en œuvre par des professionnels du développement, pas par des militaires.” »

C’est le moment qu’a choisi l’amiral Edouard Guillaud, chef d’état-major des armées françaises pour défendre les choix occidentaux en Afghanistan dans une tribune du quotidien Le Monde (17 juillet 2010), « En Afghanistan, la guerre demande de la patience », une critique indirecte et peu convaincante des déclarations faites dans ce même journal le 2 juillet par le général Vincent Desportes, commandant du Collège interarmées de Défense (CID), lequel avait déclaré : « La doctrine de contre-insurrection traditionnelle, telle que l’a engagée McChrystal depuis un an, avec un usage restreint de l’ouverture du feu (...) pour réduire les dommages collatéraux, ne semble pas fonctionner. (...) La situation n’a jamais été pire. » Desportes devrait être sanctionné a déclaré le ministre de la défense Hervé Morin.

Un exercice utile pour comprendre le texte de l’amiral Guillaud est de remplacer Afghanistan par Algérie ou Vietnam et on retrouve les mêmes accents qu’avaient les militaires français expliquant dans les années 1945-1954, puis dans les années 1954-1962, comment ils étaient en train de gagner la guerre.

La situation n’a jamais été pire, et ni les Etats-Unis ni les Européens ne semblent prêts à en tirer les conséquences. Ils devraient pour comprendre l’imbroglio qu’ils ont créé en Afghanistan (et au Pakistan) lire l’article d’Ahmed Rashid sur le site de la New York Review of Books, « Petraeus’s Baby »(14 juillet).

Alain Gresh
Le Monde diplomatique  / 19 juillet 2010 - Info-palestine

19.7.10 23:50


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